LE ROYAUME SE LA FAIM
nom s'est étendu bien au-delà des limites premiôres de ton district et ne fait plus peosear aujourd'hui qu'aux parties les plus sombim de la grande nuit pesant sur TEast-Eud. C'est là surtout qu les eorps Ituaudus s'entassent dans un épouvantable enche^ttrement, c'^ là que se terrent des multitudes d'individus ayant à peine un nom et vivant dans un grouiliement bestiaU c'est là que labète humaine se montre dans toute sa lûdeur et que son lialeine empestée ckarge de miasmes délétères ratmosphàre d'un quartier de la cité immense.
Brick Lane se dirige du nord au midi an slnfléchissant légèrement Bile conounence à l'endroit où Ghurch-Street devient Bethnal Green Road pour aller aboutir au musée de Bethnal Gmen créé en. vue de concourir à TéducaUon des classes inférieures — comme le Victoria Parii a été créé non loin de Ih pour leur assurer la gorgée d'air salubre qui leur est indispensable. Elle se termine au carjDâ£our d'Aldgate d'où partent les intenoinables Whitechapel Hoad et Mile Bnd Road pointant au nord, la large Commercial Road fiasl se prolongeant jiisqu'aux docks des Indes.
En esMi qui veuillent savoir à quel degré s'arrête ia résistance de la nature humaine à tous les maux eoqjuiés oontre elle? Qui veuillent se convaincre de Tinanité de cette. crx)yanoa attri-
buant h Tamour le pouvoir de racheter le monde,
& la bieiiraîsance le pouvoir d'adoucir la pauvreté, à TËtat le pouvoir d*éteindre le paupérisme? Qui veuillent sincèrement juger jusque dans leurs dernières conséquences les actes de ce meurtrier qui s'appelle l'Etat? Eh bien, que ceux-là s'en aillent visiter ce champ de la bataille sociale que forme Brick Lane; s'ils n'y trouvent pas de cadavres aux crânes fendus ou aux poitrines trouées, ils y rencontreront en revanche à chaque pas les squelettes de ceux que la faim a jetés à terre.
U faut du temps pour descendre Brick Lane dans toute sa longueur : AubanetTrupp allaient silencieux, entre les deux rangées de maisons toutes pareilles dont les entrepôts et le viaduc du Great Eastern Raitway visible au loin coupaient seuls l'exaspérante monotonie. La foule était si compacte que souvent ils avaient beaucoup de peine à continuer leur route et tant d'odeurs pénétrantes envahissaient Tair que parfois ils se croyaient sur le point de sulfoquer : poissons pourris, café brûlé, matières en décomposition, les relents les plus fades se mêlaient aux exhalaisons les plus fteres. Boucheries aux viandes rouges, a vins et spiritueux » à chaque coin de rue, bandes de jeunes gens criant et chantant, ivrogne solitaire se tenant aux murs
pour ne pas perdre l'équilibre et rouler dans la fange... Sans cesse l'aspect se faisait plus désolant, ils atteignirent ainsi le quartier juif, le plus pauvre, le plus misérable de tous : là se concentrent les populations de tailleurs et d'autres ouvriers qui sont la meilleure et la plus facile des proies pour les exploiteurs impitoyables. D^une frugalité qui tient du prodige, d'une résistance à la fatigue dont on se ferait mal une idée, ils sont parfaitement capables de fournir dix-buit beures de travail en se contentant d'un salaire illusoire — six pence^ voire môme quatre pence. Aussi les patrons les tiennent-ils en très grande estime et les habitants du districten haine profonde, car ils sont parvenus à pousser la concurrence jusqu'aux limites extrêmes — en même temps que la diminution des prix. Eux seuls ont pu prendre pied d'une façon stable dans Wbitecbapel et leur masse forme comme un monstrueux champignon à la base d*un arbre. Puis les deux rangées de maisons toutes paroilles avec leurs deux étages obliquèrent vers l'est et s'y enfoncèrent dans l'ombre. Tel est Brick Lane dont Auban et Trupp Tenaient d'atteindre enfin l'extrémité.
Il pouvait ôtre six heures au moment oii les deux amis avaient pénétré dans le boyau infect d'Osbome-Street qui donne accès à Brick Lane ; ils se heurtèrent à des flots épais d'ouvriers qui
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sortaient de leurs ateliers et qui remoataieiit WUleohapel et Hile-lnd pour rentrar en tSlei
L'encoiabremenl était tel qu'on n'avançait qu'avec lapins graoda di£âcQl4é en remontant lecourant : la dumasée é^t aoeaparée dans presque toute sa largeur par les petites voilures et les étalages en plein vent an milieu desquels la fouie se preesafl, s'écrasait, se piétinait avec des cris et des jurons.
Car Wliitechapel Road est la grande foire permanente de l'£astrEnd où Ton trouve tous les plaisirs accessibles aux bourses les plus modestes: vastes cafés-chantants où s'engoufltent des eolonnesentières, petits beuglants où Vm m peut rien voir ni rien entendre tant on y fume et tant on y fait vacarme, mardiands d'onguent gué^ rissant tous les maux — se prend aussi bien à rintérieur — homme iierculOy lemme-poisson»
diien à griffes de lion : le tout idsible pour la somme minime d'un penny...
Chose incroyaiile, Otto et Carrard n'accordaient aucune attention & tontes ces*merveilles plus miriliques les unes que les autres. Tout eu se maintenant dans la direction du nord, e*estHk*dire en revenant lentement vers leur point de départ, ils parcoururent deux ou trois ruelles noires> puis un de ees> passages étranglés entn les eonstmc** lions où la poussière, la chaux et le mortier pleuvent sur la passant assez étourdi pour e£aeu<»
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