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CHAPITRE DOUZIEME

«À quoi pensez-vous donc? » me dit-ii à voix basse, en portant sa bouche h mon oreille : « vous courez après quelques paras, quand tous les trésors de Tunivers sont à vos pieds? »

« Moucher ami, » lui dis-je, « accusez-en les étoiles. Elles me font attendre depuis si long-temps l'exécution de leurs promesses , que je ne veux plus rien avoir à démêler avec elles. »

t Folle impatience de jeunesse ! » reprit-il. « Mais si Tespéraocene peut vous retenir, au moins écoutez la crainte. J*ai passé toute la nuit sur le toit de ma maison par intérêt pour tous; j'ai consulté les planètes; leur aspect ne présage que malheurs et dangers. Ainsi, dans tous les cas, ne vous mettez pas en route avant samedi. Quel homme de bon sens commence un voyage un autre jour ? »

«Tous les jours sont propices, » lui dis-je en riant, «à celui qui va chercher son argent. »

t Ecoutez ! » s'écria le persévérant derviche : « Voici le

muezzin du sultan Achmet ^ qui appelle aux prières. Avant de

partir, dites votre namaz. »

— « Je l'ai déjà dit trois fois. »

— u Et le sachet d'ail pour préserver votre cheval de tout sortilège? »

— t II est suspendu à la selle. »

— t Et des amulettes pour vous-mêmç? »

— « Ma tête, ma poitrine, mes bras, tout en est couvert. • «Je vois, » dit-il en soupirant, « que vous n'avez rien oublié

de ce qu'il fallait faire pour vous. Maintenant faites quelque chose pour moi que vous abandonnez, en me laissant sur les bras toutes mes excavations. 11 ne faudra pas moins de cinqDanle mille piastres pour miner Taqueduc , et je ne possède pas cinq paras. Avancez-moi au moins une couple de sequins. » Ma patience était à bout; et, voulant me débarrasser de rimporlun : <• Ce brave homtne , » dis-je à ceux qui m'entouraient, « n'a qu'un petit projet; c'est de détruire l'aqueduc, de priver d'eau la capitale, et d'empêcher les fidèles de pouvoir liaire leurs ablutions. Je le recommande à vos charités^ car je

I. Lemuezzin est un officier char^jë d'annoncer aux musulmans, du haut des aiinarets, l'heure tles prières. Snlian-Achmet est une mosquée ma^u\^i\v^c liaiie par ce prince, et Ja seule qui ait six minareis.

suis trop pressé de parlir pour in'occuper de lui. » A ces mots, la frayeur gagna le derviche; et, lâchant la bride de mon cheval, il s*enfuit avec autant de promptitude qu'il était accouru. Je partis; je m'arrêtai dans un village pendant la grande chaleur du jour, et j'arrivai dans la soirée à Gallipoli.

Le capitaine avait déjà terminé son lestage, de sorte que nous mimes à la voile sur-le-champ. ' Comme on allait lever l'ancre , un juif demanda à être reçu h bord. Il fit valoir sa pauvreté d'une manière si lamentable qu'on le reçut par pure charité, étant bien entondu qu'il se soumettrait de bonne grâce à tous les tours que l'équipage voudrait lui jouer pour s'amuser.

Nous voguions h pleines voiles quand une barque légère, sillonnant la surface de l'eau comme une hirondelle, nous héla et nous jeta à bord, sans en demander la permission h personne, un élégant kaliondgi, qui donna ordre qu'on le conduisît à ïénédos, ce que le capitaine n'osa lui refuser.

Je reconnus dans ce nouveau passager un homme aTec qui j'avais fait connaissance sur la flotte turque pendant l'expédition en Morée. Nous ne nous étions pas revus depuis le manque de succès de l'attaque contre les Maniotes. Il eut donc un grand plaisir k m'apprendre qu'on en avait fait, l'année suivante, une seconde qui avait mieux réussi. Le mouhassil de la Morée avait forcé par terre l'entrée de la petite péninsule , tandis que le . capi tan-pacha en fusait le blocus par mer ; de sorte que les habitants, chassés successivement de toutes leurs forteresses, tombèrent entre les mains de l'un ou de l'autre. Son visage rayonnait en me faisant la peinture de la manière dont on avait pendu les hommes et noyé les femmes et leurs enfants, pour leur apprendre à être soumis au joug des Turcs. « Vous qui allez prendre possession de vos biens, » ajouta-t-il, « votre projet est sans doute de mener à la campagne une vie tranquille et retirée ; quant à moi, je ne connais pas de plaisir sans activité , et les troubles sont mon élément. »

Quand nous fûmes à la hauteur de Téncdos , mou ami demanda une barque au capvlaiwe pouv le conduire à terré, et je Jui fis mes adieux, en lui souW\utvX\i^;i\x^QiW^ ^^^^^\\ ^\.î<i troubles.

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