CHAPITRE TRElXîÊttE
étonnant que, dans le musulman à moustaches .et aii teint basané qui se présentait devant elle, elle ne reconnût pas Toriginal de ce portrait. Elle tressaillit de surprise lorsque je parus à ses yeux sans avoir été annoncé ; mais , quand je lui montrai une lettre qui lui était adressée par cet Anaslase, dont elle connaissait récriture, elle devint plus calme et me conta Thistoire des souffrances d*Hélène. Honteux et désespéré d*avoir causé la perle d'une fille aussi innocente qu'aimable , j'avais résolu de tâcher d'obtenir d'Agnès la remise de celle lettre sans me faire connaître, et d'écouter tout ce qu'elle me dirait comme si je n'y eusse pas été personnellement intéressé ; mais toute ma fermeté factice m'abandonna bientôt : je sentis mes pleurs couler malgré moi ; et , quoique je me couvrisse la figure pour les cacher, elle remarqua ma vive agitation : « Je ne suis pas surprise » , me dit-elle, « de vous voir si ému. C'est une histoire bien triste, et faite pour toucher môme le cœur d'un Osmanli; mais trouver dans un étranger une telle sensibilité, tandis que cet Anastase »
Je ne pus me contenir plus long-temps : a Je suis cet Anastase », m*écriai-je; « en avez -vous pu douter un seul instant? »
Frémissant d'horreur de se trouver, sans le savoir, en présence de celui qu'elle regardait comme le meurtrier de son amie, comme un démon incarné , elle se leva , et, prenant la posture d'une personne qui va prononcer un anathème *, elle proféra contre moi de telles imprécations que je ne pus m'empêcher de me découvrir la poitrine et de la mouiller de ma salive pour en détourner la funeste influence ^ Cela n'arrêta pas le torrent de ses injures , et il se passa plus d'un quart d'heure avant que je pusse lui demander la lettre qu'elle devait me remettre. La prenant alors dans une pplite cassette , elle me la rc mit d'une main tremblante de colère, et m'exhorta h lire avec componction , si la chose m'était possible, les derniers mots tracés par une malheureuse fille que j'avais assassinée.
J'y lus ce qui suit :
« Je ne vous reproche ni mon malheur, qui fut ma propre faute, ni votre manque d'amour, qui ne fut pas la vôtre. îl ne dé-
1, C'est-à-dire, clendaiil les mains et les doigts.