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CHAPITRE TREIZIÈME

qu'ils firent pour moi, qu'elle ne monta tout au plus qu'à la moitié de la valeur réelle ; mais cette moitié devait m*être payée argent comptant; et, prenant en considération ce que les hommes les plus tenaces sur leurs intérêts semblent oublier dans leurs affaires, la perte de temps, la fatigue et Tennui, j'acceptai la somme offerte, signai la vente et la quittance, mis mon argent dans un sac, et pris congé de Marcopoliti pour retourner à Naxos.

Si je croyais avoir reçu trop peu d'argent, il est évident que Marcopoliti pensait qu'il m'en avait donné trop pour m'en laisser en possession ; il avait donc eu l'attention délicate de ^placer en embuscade , dans un sentier étroit par où je devais passer, à peu de distance de chez lui, deux de ses affidés à qui il avait donné ordre de me débarrasser de la manière la plus simple d'un fardeau que je pouvais trouver un peu lourd ; mais à l'instant où je le quittai , il me fit une description si pathétique du peu de sûreté des routes, me recommanda si vivement de prendre bien garde à moi , qu'il me vint à l'idée qu'il devait amr de bonnes raisons pour parler ainsi. En conséquence, et pour lui prouver le cas que je faisais de ses avis, dès que je fus hors de chez lui, je sautai par-dessus une haie; et, évitant tous les chemins frayés, je me rendis à travers champs à la ville, où j'arrivai sans accident. Je n'aurais jamais eu que des soupçons du service que Marcopoliti avait voulu me rendre, si je n'eusse appris tous ces détails le lendemain d'un de ses deux affidés. Ce digne homme, ayant été bâ tonné par son maître pour ne m'avoir pas volé, crut que je devais en conscience l'en indemniser, et il ^ini me trouver pour me faire croire que je lui avais l'obligation d*aToir conservé mon argent : a Vous m'avez donc vu passer I dans le chemin? » lui dis-je. — « Sans contredit, » me répondit-il effrontément. — «Et vous n'avez pas voulu m'arrêter, quoique vous eussiez pu le faire? » — « Bien certainement. » *- « A Dieu ne plaise que j'encourage la désobéissance : votre maître vous avait ordonné de me voler, voire devoir était de le ^ Wrc. I» Et je donnai au drôle une seconde bastonnade , en le chargeant d'en rendre compte à mon cher cousin ; mais il jugea i propos d'oublier cette commission.

Cependant, à compter de ce jour, je crus devoir me àVsç^vv-

scr de faire de longues promenades dans la campagne, el de sou • mettre à une seconde épreuve robéissance des domestiques de mon cousin. Je passai presque tout mou temps parmi les habitants latins de la ville, jusqu'à ce qu'il se présentât une occasion pour partir de Naxie, et elles ne sont pas fréquentes dans une fie où il n*y a pas de port et où les navires ne touchent que rarement. Néanmoins le temps ne m*y paraissait pas trop long, et les catholiques , attendu ma qualité de musulman, me traitaient avec beaucoup de déférence. Le chancelier me tenait rétrier; le fiscal m'allumait ma pipe, et Tardievêque, vieux capucin de bonne humeur, me jurait, toutes les fois que je sortais de la ville, qu'il allait dire une prière dans sa chapelle pour moi^ heureux retour. Je payais toutes ces civilités en leur contant des nouvelles de Constantinople. Quand j'eus épuisé toutes celles que je savais, j'en fabriquai d'autres qui n'en faisaient que plus de plaisir, parce que jamais on n'en avait entendu |>arler. Tout ce que je regrettai, ce fut d'avoir causé un schiiimc entre l'église et le gouvernement. J'avais répandu le bruit d'une correspondance secrète entre le pape et le grand-seigneur, au sujet d'une prétendue intention de ce dernier d'embrasser la foi catholique; sur quoi le chancelier et l'archevêque ne cessaient de se disputer à qui signerait l'adresse de félicitation.

Avant que la question fût décidée, un khirlangitsch ^ de l'amirauté, qui avait passé l'été à croiser inutilement contre les corsaires maltais, jeta l'ancre à 8ainte-.^larie% dans l'île de Paro3. La proximité on se trouve cette ite de celle de Naxie me détermina à profiter de cette occasion ; mais , au moment de partir, un scrupule peut-être excessif m'arrêta : il me sembla que je ne devais pas quitter mon cousin Aiarcopolili sans lui faire mes reinercîments de sa dernière marque d'attention. Six braves marins étaient venus me chercher dans la barque diil khirlangitsch; je leur donnai quelques- unes des piastres do' Marcopoliti, en les chargeant de lui faire mes adieux d'unq manière à laquelle il pût être sensible ;*mais comme mon cousiiij m'avait appris par sou exemple que l'œil du maî'.re est néces^ saire en pareil cas, je me plaçai sur une hauteur qui doniinaîi

1. Chaloupe de guerre turque : littcralcmeui, une hirouilullc. % Petite snte <le Tile de Venro*, toiil en face de Nsiie. B.

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