CHAPITRE XIV
Anasiasc conlracie amilié avec Ali. — Vie d'un tcUaouch. — Mnnièrc de lever les contributions dans les îles. — Arrivée à Rhodes. — Description de la ville. — Anastase se décide à aller prendre part à la guerre- en Egypte. — Il quitte Rhodes.
Le bâtiment qui avait touché si à propos à Paros était chargé de recevoir les contributions annuelles d'une partie désoles voisines, et devait fmir sa croisière à Rhodes. Cette destination me convenait à ravir. J'étais sans occupation, je n'avais aucun bot, et le nom de Rhodes, en éveillant ma curiosité, semblait me promettre de quoi la satisfaire.
Mes anciennes relations avec l'arsenal me donnant de la prédilection pour tout ce qui tenait à la marine, je fis bientôt connaissance avec un tchaouch du capitan-pacha , qui, de même que moi, n'était que passager. Il se nommait Ali et était né en Crète. Cette derni^re circonstance ajoutait beaucoup , à mes ] yeux, au mérite de sa société. Les Turcs de Candie, par leurs ' fréquents mariages avec des femmes grecques auxquelles ils ^permettent le libre exercice de leur culte, perdent beaucoup de ^ 1 âpreté musulmaiie ; et Ali, étant lui-même à moitié grec, ne
Parekia est sur la r6te de l'île de Paros opposée à Naxie; il y a là fort prohahlenient une dislraciion d' Anastase, qui scmhie beaucoup moins bien «orienter à travers les îles que sur le continent grec. Naoussa ti\\t ^raud ^^tV. de nie de Paros, où stati mnent les bâtimenls de guerre.
pouvait avoir beaucoup de préjugés contre moi, parce que je n'étais qu*à moitié turc.
D'après les soins qu'il donnait à sa toilette, on pouvait le regarder comme le modèle des petits-maîtres osmanlis. Tout ce qu'il portait était du goût le plus exquis. Son turban fixait les regards, moins encore par la richesse de l'étoffe dont il était fait que par l'élégance de sa forme. Une bande de velours ^ert brodée en or, lui traversant le front diagonalement, lui couvrait une oreille et laissait voir l'autre tout entière. A l'extrémité de cette bande garnie de franges était toujours suspendue, eu forme de gros gknd , quelque fleur odoriférante , une rose , un œillet, qui, tombant sur son cou, lui faisait respirer son parfum. Il consacrait au moins une heure par jour à l'arrangement de ses moustaches dont il était vraiment idolâtre; il on changeait la couleur d'un blond brillant en un noir de jais, les parfumait d'ambre et d'essence de rose, forçant à l'obéissance quelques poils indociles , et leur donnant une courbure gracieuse et élégante. Il passait une autre heure à procurer à ses lèvres uoe teinte vermeille, à peigner ses sourcils, à étudier ses gestes et son maintien, et à donnera son souririTune expression enchanteresse. Son habit, coupé à la barbaresque, était tellement cou* vert de broderies d'or, qu'on apercevait à peine le superbe velours qui en faisait le fond. Sa poitrine découverte et ses bras nus jusqu'à l'épaule étalaient aux yeux le poli brillant de sa peau. Son caban ^ était jeté par-dessus avec aisance et de manière à rompre la symétrie trop uniforme du surplus de son costume. Enfin ^ un handjar à poignée d'or, une montre dont l'intérieur cachait une miniature, un sac à tabac tout brodé, une pipe montée en ambre non transparent, et des pistolets dont la poignée était taillée en diamants, complétaient sa parure élégante; et si, malgré tous ses soins, mon ami Ali n'était pas le plus bel homme de la Turquie, personne ne pouvait nier qu'il en fût un des mieux mis. Son air et ses manières étaient en parfaite harmonie avec ses vêlements. Un regard plein de confiance , un ton suffisant et railleur, une démarche nonchalante, mais fière, annonçaient ce qu'il était et ce qu'il avait
l. Sorte de inatnean.