CHAPITRE QUATORZIÈME
lueots y succédèrent ; on se battait la poitrine, on déchirait ses vêlements. Voyant que ces démonstrations étaient inutiles, et que le bey était inébranlable , les primats se retirèrent la tO(o basse, et semblables à des gens qu'on mène au gibet.
Le soleil était sur le point de quitter Thorizon, quand ils revinrent, la figure encore plus allongée ; ils n'apportaient que la moitié de la somme demandée, et ils affirmèrent, avec les sennents les plus solennels, que, quand ou les pilerait dans ua mortier, il lenr serait impossi^e de payer davantage.
• Je vous crois, » répondit le bey , « et je suis fâché d'élre d)Ugé de vous tenir ma promesse ; je commencerai par le seigneur épitrope, par considération pour son rang. Je respecte trtip sa dignité pour lui UAre donner moins de cinquante coups. --« « Allons, 9 dit-il à deux hommes de sa suite , « qu'on lève les talons de sa seigneurie. »
Tous se jetèrent à genoux , poussèrent de grands cris , et sollicitèrent un r^it de quelques minutes, promettant de faire de nouveaux effoi*ts pour compléter la somme requise, dussent^ ils la chercher dans les entrailles de la terre.
Le bey y consentit, et la députation se retira une seconde fois; mais il fut évident qu'elle n'alla pas bien loin, car au bout de cinq minutes on la vit revenir apportant la seconde moitié dfl tribut dans des sacs bien ficelés, bien étiquetés, et qu'ils n'avaient probablement eu que la peine de prendre sous leurs robes oà ils les avaient cachés. Le bey les félicita d'avoir réussi aussi promptement dans leurs efforts, et les congédia.
Ils s'éloignaient en phalange serrées à pas lents, la tête basse, d'un air morne et pensif; mais ils n'étaient encore qu'à une centaine de pas, quand ils rencontrèrent quelques amis qui revenaient d'une noce au son des instruments. Les deux troupes s'arrêtèrent, et se mirent l'instant d'après à danser gaiement la romaîca S l'épitrope lui-même en donnant l'exemple. Le bey se mit à sa fenêtre [)our jouir de cette scène joyeuse, et dit au capucin en langue franque : « Mirar^ pa- JHu; mi pariar éono; canaglia sema fcde piam/f^ir ; niamibdstonnar^ mifarpagar, suhito ùaliarccaiitar^. »»
1. Daose grecque, ressemblant beaucoup à la ronde bénrnaisc. W.
2. • Voyez, utoa père. Je leur parle bien ; celle canalUe $aQS <v>'v %c Va-
Mon ami Ali ne fut pas aussi gai le lendemain, quand notre bâtiment dansait sur les vagues, au sifflement des vents qui se chargeaient de la musique. Dans ces occasions, il n'y avait ni mélodie dans sa voix, ni grâce dans ses mouvements; car, sur mer, il n'avait pas la plus légère prétention à l'héroïsme. Dès que la surface des ondes commençait à se rider, il devenait doux comme un agneau : son ton bruyant , son air de suffisance se changeaient alors en regards humbles, en manières soumises. Sachant luimême que le gros temps faisait de lui un homme tout différent, il s'éclipsait au premier souffle de vent, se cachait dans un coin, y restait immobile et silencieux, et ne reparaissait sur le pont que lorsque la mer' avait repris sa tranquillité. On peut juger s'il fut enchanté d'arriver à Rhodes; il pensa tomber dans la mer, tant il était impatient de sauter dans la chaloupe qui nous conduisait à terre ; mais même quelque temps après être débarqué il avait encore le regard terne et l'air abattu : aussi tous ses amis qui le rencontraient ne manquèrent-ils pas de lui demander laquelle des belles insulaires avait pris son cœur
en gage.
J'étais du nombre de ces êtres vulgaires qui prennent plus d'intérêt aux événements du jour qu'à ceux des siècles passés. £n ma qualité de Grec, je n'avais jamais trouvé un grand sujet de triomphe dans le résultat de toutes les recherches comparatives entre le passé et le présent. Cependant j'avais appris, je n^ saurais dire où : que Rhodes n'appartenait pas aux Turcs depuis le déluge ; que cette île avait été autrefois soumise à un ordre chrétien de chevalerie, dont les membres étaient d'un sang noble, d'un esprit élevé, d'une dévotion portée jusqu'à l'enthousiasme, et d'une bravoure à toute épreuve; qu'une poignée de ces gucrriei^s vaillants l'avait défendue pendant un an contre toutes les forces de l'empire ottoman, et que les musulmans n'étaient entrés dans la citadelle qu'en marchant sur le corps de ses braves défenseurs, morts jusqu'au dernier sur la brèche.
L'extérieur de celle ancienne forteresse , jadis le principal théâtre de ces illustres et sanglants exploits, peut se voir de
mente; mai? je fcs fais bâionner, je les fais payer, et les voilà qui daiiseitt cl qui chantent, •