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CHAPITRE QUATORZIÈME

neige, rechercher les innombrables sites de délices qu'elles peu* vent renfermer ?» Et là-dessus il se mit à me faire une telle liste de toutes les bonnes choses de ce monde que renfermaient fort probablement ces habitations, que Teau m'en venait peu à peu à la bouche, et qu'enfin, à l'inexprimable satisfaction d'Ali, je pris son bras et quittai le château pour aller explorer la ville. Ma curiosité fut bientôt satisfaite, mais mon goût tout récent pour les voyages ne fit que recevoir une nouvelle excitation, lid conversation d'Ali m'avait donné le désir de voir l'Egypte. J'avais franchi plus de la moitié du chemin, et le commandant de notre khirlangitsch avait excité encore dans mon esprit le désir de voir ce pays, en me faisant la peinture de l'avancement que je pouvais espérer dans le pays des mamelucks. « L'Ég)'ple, » m'avait-il dit, « a toujours été le berceau des révolutions et le patrimoine des étrangers ; elle a toujours bien accueilli ces hommes qui n'ont ni prédilection pour un pays, ni attachement pour un lieu particulier. Aujourd'hui, plus que jamais, elle offre un attrait irrésistible à l'aventurier hardi qui cherche à élever sa fortune au milieu des guerres et des troubles. En ne consultant que les apparences, l'Egypte paraît jouir d'une paix profonde; en y jetant un regard superficiel, personne ne s'imaginerait que la moindre convulsion menaçât d'eu troubler la tranquillité ; tout ce que se permettent les deux partis qui y jouissent de l'autorité suprême, c'est de mesurer leurs forces et de se surveiller l'un l'autre avec attention et jalousie; mais cette sérénité apparente n'est que le calme précurseur de la tempête. Les éléments divers qui se disposent à se séparer et à former de nouvelles combinaisons p( uvenE d'un moment à l'autre produire une détonation qui serait le signal des combats. L'instant en est incertain , mais il faut qu'il arrive. £n attendant, chaque parti cherche h augmenter le nombre de ses adhérents, en s'atlachaut tous les hommes d'un courage éprouvé qui veulent embrasser sa cause. Dans de telles circonstances, un jeune homme comme vous, Grec par naissance, musulman par choix, est déjà d'avance à moitié mamoluck; et, quand il est bien fait, brave, vigoureux, qu'il ajoute aux qualités guerrières les talents plus rares de connaître plusieurs langues et de savoir manier une plume , qu;\TiCL \\ )jevv\.

t86 MÉMOIRES D*UR GREC.

exécuter une oomhiission délicàle avec adretoe» ou une entre* piise difficile avec couine» c'est un trésor que chacun doit se disputer ; il n*a qu'à se montrer pour être sûr que les factions opposées s'empresseront^ à Tenvi l'une de l'autre, de ratilfer dons leurs raug^ par les offres les plus brillantes. »

Je soupirai à ce tableau séduisant. Le bey devina mes pensées : « Je vois ce qu'il vous faut» » me dit-il, » et je puis vous le fournir. » Soliman^ un des hommes les plus disiin§[tté8 parmi ceux qui ont en main le pouvoir suprême en Egypte, est mon ami intime. La dernière peste a considérablemeùt diminué le nombre de ses mamelucks; il cherche à les recruter par tous les moyens possibles. Son kiaya est en ce moment à Constantinoplc dans cô dessein. Sachant que je devais visiter un grand nombre de porls, il m'a autorisé à engager pour le service de son maître tout homme que je jugerais pouvoir lui convenir. J'ai eu l'œil sur vous pendant tout le voyage. J'ai reconnu que vous êtes résolu ^ que vous avez du bon sens, et que de vai^s' scrupules ne vous arrêtent point. Si donc ce projet vous plaît^'j^s vous donnerai pour mon ancien ami les recommandations que ces qualités méritent. »

Je lui témoignai combien j'étais satisfait de lui avoir inspiré une si bonne Ofânion^ et j'acceptai ses offres avec beaucoup do remercîmentSi Transporté de plaisir à l'idée non-seulement de voir la fertile Egypte , mais de figurer peut-être moi-même dans ses annales, de vivre dans le luxe en vendant mes servies à ceux qui étaient les maîtres de ce pays, et de me livrer à mon goût pour la guerre, je cherchai aussitôt un bâtiment sur lequerje pusse faire ce voyage, et je m'embarquai sur le premier que je trouvai.

A mesure que les côtes de Rhodes s'éloignaient de mes yeux, mon cœur battait plus vile d'empressement et d'espoir. Il me semblait que je n'avais fait jusqu'alors que perdre mon existence en projets futiles et méprisables, que je n'avais vécu que dans une sphère rélrécie. J'allais , pour la première fois, prendre un vol digne de la force de mes ailes. De grandes vues, une noble perspective, de vastes plans de fortune et de renommée se développaient tout à coup devant moi, et me plon^ geaieut dans l'extase de l'ivresse et du ravissement.

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