‹ AnastaseChapitre 128 sur 407 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Maladroite navi{;aiion de la sacoleva d'Anastase. — L'Ilot de la Galère. — Il abords Caslel-Rosso, puis continue son voyage et arrive à Alexandrie. — Justice d'un cadi égyptien. — Discussion avec un franciscain. — Idéeé d'un Turc sur le culte des images. — 11 s^'embarqiie sur le Nil pour aller à lloseite. — Il rencontre 5 bord une pacotille d'esclaves. — Histoire d'nué Circassienne. — Dispute entre les esclaves. — Arrivée à Rosette. — Le Nil> seul olijet de toutes les peusées et de toutes let conversations.

La sacoleva qui portait Anastase et sa forlQne devait d*abord louchera Castel-Rosso pour y preiidré une cargaiison de boisa brûler pour Alexandrie. Le capitaine né connaissait aucunement la cote sur laquelle nous devions descendre, et nul homme de son équipage né pouvait se vanter d'êtk-e iDoins ignorant. Mais tous disaient (|ué la Pk'ovidence était grande ; et^ pour lui donner une belle occasion de montrer toute sa gran* deur, ils avaient toujours soin de côtoyer le plus près possible un rivage entouré d'ùtié multitude d'écueils cachés sous les eaux.

Le second joui* après notre départ, nous nous trouvâmes à la hauteur de Castel-Rosso. Nous allions doubler le promontoire le plus avancé de l'île et jeter Taiicre pour la nuit sous des rochers escarpés, quand nous aperçûmes, à peu de distance du rivage, un objet dont la forme nous donna quelques inquiétu-* des, et que l'obscurité nous empêchait de bien distinguer. Il était sur la surface de l'eau, immobile comme un roc, quoique, d'après toutes les apparences, ce ne dût pas être un objet dépourvu de mouvement. Au fait , nous crûmes tous voir une barque de pirates d'une taille imposante , et nous supposâmes qu'elle était en embuscade t>our nous surprendre pendant la nuit Cette idée était d'autant plus naturelle que nous savions que cette mer fourmillait de pirates. À cette vue, notre caravokyri devint pâle comme la mort, et tout son équipage donna les mêmes signes de courage.

« Voilà une mauvaise manière d'éviter le danger, » m'écriaije;« les pirates ne peuvent nous voir plus distinctement que nous ne les voyons. Montrons-leur de la résolution, et sachons l'effet que cela pourra produire. » Je fis alors charger et points les caronad^s ; on disposa toute notre artillerie sut U vWV^c,^

et on se prépara à un engagement. Du moment que nous nous crûmes à portée, je donnai le signal de faire feu, car le caravokyri m'avait résigné de fait le commandement. « Quand noire bordée ne produirait rien de plus, » dis-je, « elle forcera du moins les coquins à virer de bord, et nous verrons quelle est leur force. » La volée partit; tous les yeux étaient fixés sur Tennemi ; nous nous attendions à voir quelque agitation sur son bord. Point du tout, il ne changea point de position, et ne nous fit pas même Thonneur de nous rendre notre feu. Une seconde et une troisième bordée furent suivies du même résultat. Le défaut de courage de Tennenai augmenta le nôtre, et nous en approchâmes assez pour être bien sûrs qu'une quatrième bordée porterait. La même immobilité, le même silence continuèrent à régner sur son bord ; enfin , malgré un feu presque sans interruption de notre part, on ne brûla pas une amorce contre nous.

Cette impassibilité finit par nous alarmer plus que ne Taurait fait la plus vigoureuse résistance. Nous commençâmes à nous imaginer que nous étions sous Tinfluence de quelque charme ; que nous n'avions devant les yeux qu'une vision ; que nous combattions un fantôme de vaisseau qui s'évanouirait tout à coup , ou qui nous entraînerait par une force irrésistible dans un abîme pour nous y engloutir, ou qui ferait peut-être une explosion épouvantable dont l'effet ne pourrait que nous être fatal. Cependant, comme rien de tout cela n'arriva, comme notre sacoleva ne montra de dispositions ni à sauter en l'air ni à couler à fond, nous adoptâmes enfin la seule conjecture plausible qui nous restât , et nous crûmes que notre première décharge avait mis hors de combat le peu d'hommes qui se trouvaient sans doute sur ce bâtiment. Nous jugeâmes pourtant qu'il était prudent de ne pas en approcher pendant la nuit ; et nous nous contentâmes de faire bonne garde, et de tirer une bordée de temps en temps, pour prouver que nous étions toujours sur la défensive, nous promettant de. Taborder au point du jour pour nous en emparer et partager le butin.

L'aurore nous parut certainement paresseuse; elle se leva

pourtant, et ses premiers rayons nous firent voir que l'objet

conlre lequel nous avions dirigé une attaque si vive, qui nous

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