‹ AnastaseChapitre 130 sur 407 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

présence des iastruments de ses malversalious, a me réponditil à la hâte, impatient de se voir arrêté. « La k>i l*a donc pesé, et Ta trouvé trop léger? » kii dis-)e. « La loi u'a rien à y voir, » me répoodit-il, « puisque tout le monde demande son châtiment. Nous nous sommes tous rendus devant la porte du cadi en criant r Schar Allah ^ \ Le cadl a jugé qae nous étions en trop grand nombre pour ne pas avoir rai-. 80D, et nous allons exécuter notre sentence. »

Après cet acte de complaisance extrême, le drûle, craignaiU de nouvelles questions , me quitta précipitamment , et cooral rejoindre ses compagnons , de peur de perdre sa part de cet intéressant spectacle. Quant à moi, je me bornai à adresser une prière mentale à Allah pour le supplier de me préserver de sa justice, et surtout à Alexandrie.

Ayant retenu un logement pour la nuit, je me rendis chez un citoyen qui remplissait les diverses fonctions d*interprète, de pilote et de courtier de commerce, afm de voir si je pourrais trouver une occasion pour partir le lendemain pour Ras^ chid \ Le personnage dont j'aiiais réclamer l'assistance avait, servi dans sa jeunesse à bord de bâtiments ma^xhand^ de Marseille, de Venise et de Livourne, et il parlait avec la même b^. cilité le turc, Tarabe, le grec, le provençal et la langue franque. En entrant dans sa demeure, dont la porte était ouverte et prête à recevoir les étrangers, je le trouvai avec un moine franciscain, attablés tous deux autour d'une bonne bouteille de raki \ et discutant sur les mérites compaiés de l'isbiuisme et do christianisme.

« Entendez-vous, mon père, dit-il en parlant avec une telle . solubilité et une telle véhémence que je le crus d'abord dans une colère épouvantable ; je ne prétends pas me faire passer pour ^ plus susceptible des mahométans. Dans mes fréquentes rela-i lions avec les infidèles (sauf votre respect), j'ai parfois été oblige âe me relâcher un peu de la rigueur de nos pratiques de dévo^ ^iou. Quelquefois, quand j'avais trop peu de temps, j'ai dû me contenter de murmurer la moitié d'une prière au lieu de la

t. I.a ju'.lice de Dieu.

^- V!aii (Ic-vic grecque.

terminer complètement; parfois, quand l'eau était rare» il m'a fallu ne pousser mes ablutions que jusqu'au poignet au lieu d'aller jusqu'au coude; et je ne me rappelle pas bien distinctement si, quand je voyais fumer devant moi un bon morceau de viande rô lie, avec un vif appétit aiguisé encore par un long jeûne, si, avant de me mettre à l'œuvre , je me serai informé bien exactement si la bête avait été égorgée ou assommée ; mais. Dieu merci, je n'ai jamais été un abominable païen, un vrai cafre; jamais je n'ai cru comme vous à des milliers de dieux et n'ai adoré des idoles de bois et d'airain. »

« Oh Dieu le père I s'écria le moine en éloignant de ses lèvres le raki prêt à parvenir à destination ; mais ni moi non plus, ni aucun de nous ; » et comment pouvez- vous dire des choses semblables ? »

9 Comment cela? dit l'habitant d'Alexandrie; mais d'après ce que j'ai vu de mes propres yeux I Lequel de vous , je vous prie, songe à célébrer une fête, à bâtir une mosquée, à adresser une prière , à faire un vœu , à exprimer un désir, à moins que ce ne soit à saint Antoine de Padoue, à saint François d'Assise, à saint Jean, à saint Jacques , à saint Pierre, à saint Paul, à sainte Agnès, à sainte Catherine, à sainte Cécile, ou à tout autre de vos saints et saintes, dont l'intervention transforme la Providence en un zéro, et dont le nombre surpasse celui des jours que l'on destine au culte de chacun? Au nom de qui, si ce n'est en celui de ces, intercesseurs, faites-vous bénir vos bœufs, vos moutons, votre volaille et jusqu'à vos porcs par vos prêtres à la porte de vos églises? En l'honneur de qui, si ce n'est au leur, suspendez-vous sur vos autels des ex-voto en argent, de cœurs, de têtes et de membres endommagés et guéris, de petits enfants venus au monde, de grandes personnes guéries de maladies? Votre cuisinier peut- il bien faire griller ses côtelettes s'il n'a l'assistance de saint Laurent, qui est, à ce qu'il paraît, fort charmé qu'on lui rappelle son propre gril? £t quant au culte d'images de bois , n'ai-je pas vu moi-même des masses de nazaréens abandonner chez eux leurs blondes ei blanches et roses madones, les plus gracieuses que puissent fournir leurs boutiques de joujoux', pour s'en aller pieds nus à cinq cents lieues souvent de chez eux, pour visiter quelque bois touibaut

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