CHAPITRE QUliSZIÈME. t
conéuislt aa négociant. Après avoir' bt€n marchandé, il m'acheta, on, pour mieux dire, il troqua contre ma personne des armes, des étoffes et d'autres marchandises. On me mil à bord d'un petit bâtiment avec d'autres jeunes filles achetées de différents côtés ; leurs parents, propriétaires ou cultivateurs de terres, avaient vendu la plupart d'entre elles pour se procurer hi paiement deieursioyersoude leurs tributs. Le navire faisait tant d'eau qu'où crut que nous n'aborderions jamais à Stamboul. Par une espèce de miracle, nous y arrivâmes pourtant ; au moins on me le dit, car je ne vis jamais de cette viile que ia chambre où nous étions, logées, dans un grand vilain khan. Notre maîti-e nous y fit apprendre ce qu'il était nécessaire que nous sussions pour qu'il put nous Tendre avantageusement : la religion mahomélane, la musique et ia danse. Tous les jours on vendait quelques-unes de mes compagnes, mais le prix qu'on demandait de ma personne était trop constdé4*able pour des amateurs d'un rang ordinaire. Au surplus, je passais le temps asset agréablement. J'étais bien nourrie, superbement vôlue, et j'avais un miroir pour moi seule, le ine serais trouvée fort heureuse si je n'eusse craint d'être achetée pour le grand-setgiieur, qui a, dit-on, tant de femmes qu'il ne sait qu'en faire, et à qui, quoiqu'il soit aussi vieux que Maihusatem, il en faut une nouvelle tous les ans. Songet au désagi*ément d'être , à la mort de ce vieux rêtre, mise au rebut pour toute la vie, sans être ni fille ni mariée, dans ce qu'on appelle le vieux sérail, dont les murs sont d'une hauteur pix)digieuse ! J'échappai â ce destin. Le kiaya d'Yousouf, bey du Caire, m'acheta pour son maître avec quelquesunes de mes compagnes; H nous fait passer à bord de ce bâtiment, où il nous traite fort bien ; car à peine nous a-t-il battues QBe seule fois pendant tout le voyage ; et nous voilà, grâce à Dieu, à la veille d'arriver à notre destination. Je me promets d'y trouver un paradis; je voudrais pouvoir en dire autant de ines compagnes, mais il paraît que les pauvres filles n'ont été jetées dans la balance que pour compléter le poids, et je crains bien qu'elles ne passent toute leur vie dans une situati<m fort «ibalterne. »
Cette dernière phrase, bien que prononcée presque' à vqIk tew» ne put échapper aux oreilles alertes de ceUes cjaV feviteax
Tobjet de cette compassion humiliante , et je crus qu'il en résuUerait une bataille. Elles se levèrent toutes par un mouvement spontané, et, s'assemblant autour d'Hamida, l'accablèrent d'injures. Il lui appartenait bien de parler ainsi! une Circassienne, une fille de rien, sans foi, sans manières, sans embonpoint! et traiter ainsi des Géorgiennes qui, dans leur pays, allaient tous les jours à la messe , et qui avaient chez elles plus de vivres qu'elles n'en pouvaient manger ! Hamida ne voulut pas être en reste avec elles, et leur répondit avec vivacité : « Qu'importe -quel soit notre pays, puisque aucune de nous n'y retournera jamais? Quant à la religion, nous y avons toutes renoncé de même; et, pour l'embonpoint, il faudrait voir avant de juger. »
« Eh bien, voyons donc! » s'écrièrenl-elles ; et, se précipitant sur Hamida , elles lui découvrirent le sein en dépit de sa résistance. Peut-être n'ofTrait-il pas toute l'ampleur désirable d'après les idées des Asiatiques ; quant à moi , malgré toute l'attention que je mis à le bien examiner , je n'y trouvai rien à critiquer.
Cependant le kiaya , qui , tout malade qu'il était , se doutait de ce qui se passait , s'étant échappé inaperçu de son trou , se jeta comme un furieux au milieu de la mêlée, et joua des bras si vigoureusement que non-seulement il sépara les combattantes, mais qu'il les força à se retirer à l'extrémité de la chambre, où il s'étendit devant elles pour les empêcher d'en bouger.
H ne restait sur le champ de bataille qu'une femme et moi. Elle était ausi différente de notre Circassienne que la nuit l'est du jour. C'était une négresse abyssinienne ; mais ayant été affranchie par son dernier maître, la nymphe au teint d'ébènc n'avait à rendre compte à personne de ses conversations, et ne craignait pas qu'un gardien vînt les interrompre d'une manière peu agréable. Décidée à profiter de ses avantages , elle commença par m'informer très-prolixement de tout es ses affaires présentes et passées, et de tous ses projets pour l'avenir. Elle me dit que son étoile ne l'avait d'abord que médiocrement favorisée. On l'avait amenée à Constantinople pendant l'hiver; elle avait beaucoup souffert des engelures, et un eunuque noir ravait épousée. Mais les engelures s'étaient guéries, le mari était moi tf et Télé avail awetvfe àe^sî^vx\^wis bourdonnants comme