‹ AnastaseChapitre 134 sur 407 · CHAPITRE QUtl^ZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUtl^ZIÈME

^ d*un villàgCi â son intendant ou son écri?ain cophte^ dont il comprend les comptes aussi bien que celui-ci entend la langue dans laquelle il fait ses prières. Tout ce qu'il sait, c*esl qu*il est (rompe, et qu'il n'a aucun moyen de Tempécher. »

La nuit avait jeté son voile même sur les objets les plus rap* proches, quand tout à coup, au délour d'un coude que formait le fleuve, un spectacle magnifique s'offrit à nos regards. La rive gauche du NiU dans une étendue assez considérable, paraissait tout en feu; et cette ligne lumineuse, se reproduisant par la réflexion dans le miroir des eaux^ formait une espèce de ruban bordé de flammes. De ce foyer de lumière partait sans disconiinoer le son des cymbales, des tambours et d'autres instruments de musique; et| quand nous fûmes assez près pour reconnaître dans ce tableau enchanté les effets d'une vaste illumination, nous entendîmeis les chants et les cris d'une foule innombrable. Cette scèùe brillante se passait dans un lieu nommé Mektoubis , renommé par la gaieté qui y règne en tout temps, et où l'on célébrait alorft la fête du scheik, patron du lieu; solennité qui y aVait attiré toute la population des cantons voisins. Dans une étendue de près d'un mille, les bords du fleuve étaient couverts de barques, en si grand nombre qu'on pouvait passer de l'une à Tautre, tandis que des milliers de lampes faisaient régner dans yintéricur de la ville une clarté égale à celle du jour. Les unes descendaient en spirales du sommet des minarets jusqu'à leur base, les autres formaient des guirlandes et des festons; Tœil était ébloui par l'éclat de cette lumière , comme l'oreille était étourdie par le bruit des instruments. A chaque coin de rue une troupe de musiciens jouaient un air différent , et cherchaient , îi force de tapage, à se faire entendre par-dessus tous les autres^ A chaque pas des groupes de chanteurs, de danseurs , de sorciers, de diseurs de bonne aventure, de faiseurs de tours, cherchaient à attirer vers eux les spectateurs. Ici des avalisa s'égosillant a force de chanter , finissaient par coasser comme des grenouilles; là des ghazies ^ dansaient avec de telles contorsions Pt en se tordant tellement les membres par des postures ridicules, qu'on n'aurait su à quoi les comparer. Pendant qu'une

l- Pluriel d'aliilé, chanteuses publiques, i bâiikéiiset |)ublii(|it«8.

partie des voyageurs regardaieui les tours d*un jongleur qui avait pour compère un serpent qu'il portait dans un panier, les autres contemplaient la subtilité d*un charlatan, son rival, dont le chef-d'œuvre était de changer de l'eau en sang et de la terre en insectes. Je ne parle pas des beautés qui prenaient pour théâtre de leurs exploits Jes endroits les plus obscurs, et qui excellaient dans l'art de faire sortir le dernier para de la bourse la mieux fermée. Une dé ces sirènes donna à notre pauvre Cophie un échantillon de son savoir-faire. Depuis le moment où nous avions mis le pied suj; le rivage pour voir la fête , nous ne l'avions pas aperçu, et nous ne concevions pas quel sortilège l'avait fait ainsi disparaître ; il nous rejoignit pourtant à l'instant où nous venions de rentrer dans la barque. Son premier soin fut de prendre sa bourse pour compter son argent , afin de s'assurer qu'on ne lui avait rien dérobé. A l'extérieur elle avait la même apparence ; elle était bien pleine , et elle avait le même poids qu'auparavant ; mais quelle fut sa consternation quand il reconnut, en la vidant, que, par un art contraire à celui de l'alchimiste, les belles dont il avait voulu admirer de trop près l'adresse avaient converti ses sequins en paras, changé tout son or en cuivre!

A toute autre époque la fête de Mektoubis et la mésaventure du Cophte auraient fait les frais de la conversation jusqu'à notre arrivée au Caire ; mais en ce moment aucun Égyptien n'aVait l'esprit assez peu occupé pour s'entretenir de semblables bagatelles. Un sujet d'un intérêt plus grand, plus universel, r plus direct, occupait toutes les pensées : hommes, femmes et enfants ne pouvaient parler d'autre chose ; et si par hasard l'eutretien tombait sur un autre objet, on était sur, quelque éloigné qu'il fût du sujet favori, qu'on y revenait par une gradation insensible, et qu'il accaparait de nouveau loutes les idées.

Ce sujet^4tait la crue du Nil, phénomène important dont le résultat répand dans toute l'Egypte l'abondance on la famine. Cette crue, qui se compte pouce h pouce, est tantôt lente, tantôt rapide; quelquefois elle s'arrête pour recommencer ensuite; et, jusqu'à ce qu'elle ait atteint le point auquel elle doit parvei77r pour procurer une récolte abondante, tous les yeux sont

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