CHAPITRE QUINZIÈME
fixés sur ]e fleuve, et tous les esprits sont.dans une inquiétude extrême.
Ce fut en vain que, comme étranger, et ne pouvant, par ce molif, partager au même degré cet intérêt général, je cherchais de temps en temps à donner un autre cours à la conversation. Les canaux bourbeux qui conduisent les eaux fangeuses du Nil jusqu'à Text rémité la plus reculée du pays étaient les seuls objets qui pussent fixer Tattention de mes compagnons de voyage. Si je parlais de l'expédition d'Hassan dans la Morée, une personne à ma ffroite m'interrompit pour rappeler qu'elle avait eu lieu Tannée où le fleuve ne s'était élevé que de quinze coudées. Lorsque j'espérais me faire écouter en traçant le tableau de la splendeur de la cour du sultan, un homme placé à ma gauche me demanda quel était l'officier chargé de lui annoncer tous les jours la crue du Nil. Quand je vantais la beauté de nos îles, un autre, qui n^avait pas encore ouvert la bouche, me dit qu'elles n'avaient sûrement pas de fleuve dont la crue pût se comparer à celle du Nil. Enfin, désespérant de pouvoir donner une autre tournure à l'entretien, et las d'avoir les oreilles rebattues de la crue du fleuve, je tirai à part l'Osmanli, mon compagnon de voyage, et je le suppliai de me dire d'abqrd tout ce que son imagination pourrait lui fournir relativement au Nil, après quoi j'osais me flatter qu'il voudrait bien oublier ce sujet pendant quelques instants pour me donner un aperçut' de la situation politique de l'Egypte : il y consentit ; et, comme ce qu'il me dit sur ce sujet peut contribuer à rendre plus intelligibles les aventures qui m'arrivèrent ensuite dans ce pays, je vais en donner la substance à mes lecteurs, en y ajoutant les observations que , mon séjour dans ces contrées me mit à portée de faire moi-même.