CHAPITRE SEIZIÈME
bey attache à la parenté artificielle qui existe entre le maître et 'esclave tous les devoirs réciproques que la nature impose aux liens du sang ; il en adopte même les dénomination^. Il appelle ses mamelucks ses enfants, et il les entend l'appeler leur père. C'est sur le degré de leur attachement à sa personne , de leur mérite ou de la faveur qu'il leur accorde, qu'il détermine leur avancement progressif dans sa maison, tant qu'ils sont esclaves, depuis le poste de simple garde jusqu'au grade d'hasnadar du trésorier, et qu'il les élève, lorsqu'il les a déclarés libres, aux places les plus importantes de l'état, depuis le rang d'aga jusqu'à celui de kiachef S de bey, et même de scheik-el-beled. Pendant sa vie, il leur fait épouser les parentes qu'il peut avoir; et, à sa mort, il laisse à l'un d'entre eux son rang et ses trésors. Ces enfants adoptifs sont tellement regardés comme les héritiers naturels de leurs maîtres, que les femmes, les sœurs et les filles de ceux-ci leur appartiennent comme le reste de leurs biens, suivant l'ancienneté de leurs services et la prééminence de leur rang. Plus le nombre de ces êtres dévoués au service d'un bey, défendant sa personne , vivant à ses dépens , et élevés par sa protection aux honneurs et aux richesses, est grand, plus le lustre réfléchi par ces satellites se mouvant autour de lui enfle son orgueil, augmente son importance et ajoute à son pouvoir. C'est par la vaste circonférence de la base qu'on calcule, jusqu'à un certain point, la hauteur du sommet de la montagne.
«Telle est l'inertie des naturels de l'Egypte, et tel est l'isolement de cette contrée , entourée de toutes parts par des mers ou des déserts , que la domination des beys, quoique se perpétuant par des esclaves , des renégats, des étrangers, par des hommes qui ont brisé tous les liens de parenté, de patrie et de religion , quoique offrant sans cesse des scènes variées d'anarchie, de guerre civile, de meurtre par le fer et le poison, a cependant subsisté près de deux siècles, sans que les rênes du gouvernement aient éié arrachées aux faibles mains qui les tien* neuf, soit par un sujet rebelle, soit par un ennemi étranger. » Le pouvoir des mamelucks reçut pourtant enûn un échec.
l- OfBcicr commandant une division d'une province , s.ou« lc% otdte% du bey.
En Tan 923 de Thégii-e S le suhan Sélim conquît FÉgypte, et en fit une province gouvernée par un pacha. La tâche de lever les contributions annuelles imposées sur tes terres^ partie pour défrayer les dépenses d'admtnistralioit intérieure , partie pour remplir les coffres des conquérants, fut la seule fonction qu*on laissa aux beys et aux kiachefs , qu'ils chargeaient d'en faire la perception ; et, pour en garantir le payemeiit, o» en rendit responsables le |)résideut des beys de h Haute-Egypte, résidant h Girgé , dans le Said , et le scbeik-el-bekd ou ct^f de tout le corps, résidant au Caire. Afin d'assurer Fexécution de ses ordres et de défemlre sa conquête, Sélim établit en Egypte phîsieursK odgiaks on corps de milice provinciale, dont les chefs et la plus forte (^vision furent placés dans la citadcMe du Caire pour défendre le pacha, tandis qu'un moindre détachement fut stationné à Girgé pour exécuter ses ordres.
» I..es ^ux principaux de ces corps étaierrt les janissaires et les Arabes. Cbacun d'eux avait son divan ou conseil dans lequel le chef ou kiaya, et le» officiers ou odgiakiis, discutaient les intérêts de leurs trou|>es; mais ils ne se renfermèrent pas longtemps^ dans cesbomesw Far4legrés, ces chefs^ stationnaires dans le pays et commandant une force forïuidable, commencèrent à résister aux ordi^es d'un pacba sujet à révocation et porteur de mandats sans moyens d'exécution. S'emparaut de la réalité du ))ouvoir, ils ne laissèient entre tes mains du vizir que l'ombre de l'autorité, et s'en servirent pour sanctionner du nom du sultan les décrets rendus âans teurs divans. Tant que le pacha restait en Égy).Xie, ils le tenaient prisonnier dans le château; s'il venait à leur déplaire, Hs le congédiaient. Ils traitaient les beys employés par le souverain h lever les contributions teiritorialcs coiiune leurs propres sujets, au point que, dans les jours de çéirémonie, ils forçaient le scheik-el-beled à tenir l'étrier à l'aga des janissaires. Ils opprimaient tellement les habitants du pays que ceux-ci n'avaient; d'aube moyen pour échapper à leur rapacité que de s'enrôler dans leur corps. Mais plus le candidat qui briguait l'honneur d'être admis dans cette milice était riche et mettait d'ardeur à le rechercher, plus il l'obtenait difficiie-