CHAPITRE S£4Z1ÈM
ment , plus il était exposé à des extorsions sans nombre. La moitié de sa fortune était ordinairement le prix de son admission , et , à sa mort , l'autre moitié appartenait au cw{ïs sur le conu-ôJe duquel son nom était inscrit. Si quelque bomme riche parvenait par quelques moyens à éluder, de son vivant, le payement de la somme énorme généralement exigée, à sa mort ce boDbeur ne rapportait rien à ses héritiers. A défaut d'engagement réel, on eu foirait un, et on le faisait promptement exécuter. Cet abus était porté à un tel point , qu'aucun pouvoir citérieur ne semblait en état d'empêcher la milice d'Egypte de dévorer toute la substance du pays. L'excès du mal en produisit seul le remède, et le relâchement, la torpeur, un état de faiblesse intérieure , suites ordinaires d'une rapacité sans bornes qaand elle est satisfaite, forcèrent enfin les odgiakiis k renoncer aux fruits de leur usurpation. De même que lorsqu'il est arrivé au plus haut point de sa crue, vous voyez le Nil o
La frayeur me saisit à cette digression, je mis le doigt sur les lè?res de l'Osmanli , et le priai instamment de ne pas faire de comparaison , surtout avec le NiL II sourit et continua en ces termes :
«Séliro avait ordonné que les troupes restassent dans les citadelles. Elles ne devaient ni exercer aucun métier, ni posséder aucunes terres, de peur qu'en se disséminant dans tout le pays elles ne perdissent de leur force, et que des occupations pacifiques ne détruisissent leur esprit martial Mais leur rapacité avait fait tomber ces règlements en désuétude. D'une part, on ioscrivait sur le contrôle xles corps tout artisan qui se présen tait, quoique incapable de porter un mousquet, afin d'en tirer un droit d'admission, et il n'avait ni devoirs à remplir ni paye i recevoir ; de l'autre , le nombre des soldats en état de faire leur service et ayant droit à une paye diminuait chaque jour, afin que cette paye tournât au profit des officiers. Ainsi la force disponible , quoique prodigieusement accrue en consultant le contrôle des corps, éprouvait dans la réalité un décroissement rafûde, et l'armée devint ainsi un tronc chargé d'une foule de branches parasites , sans en avoir aucune en état de porter des fruits. La cupidité des odgiakiis fit qu'ils s'emparèrent peu à peu, ttOD-seulement de toutes les richesses mobilières d\\\^^%^
mais même de toutes les terres sur lesquelles ils purent mettre la main. Parée moyen, ils devinrent assujettis à cette imposition territoriale dont ils avaient été créés pour assurer le payement , et, à l'époque même où la diminution de leur force les rendait moins en état de traduire les beys devant /leur tribunal , l'augmentation de leurs possessions territoriales les rendit plus dépendants du tribunal de ces beys. La situation de ces fermiers du revenu public, que cette soldatesque avait commencé d'abord par mépriser, fit qu'ils lui devinrent alors respectables. Les pouvoirs distincts, investis de fonctions différentes, que Sélim avait destinés à se balancer réciproquement, se confondirent; ainsi l'équilibre fut rompu , et l'état se trouva placé dans l'anarchie. Au lieu de voir, comme autrefois, les odgiaklis conférer à leurs créatures la dfgnité de beys, on vit alors ceux-ci donner h leurs affidés et à leurs affranchis les places d'odgiakiis. Ne se soumettant plus à rester enfermés dans leurs provinces , tous les beys laissèrent à leurs kiachefs le soin de pressurer leurs districts respectifs, et accoururent au Caire pour faire de la capitale le théâtre de leiirs intrigues. Ils s'emparèrent des revenus publics que dissipaient auparavant les odgiaklis ;. et la furce militaire qui restait encore fut employée, non à résister à cette usurpation, mais à la protéger. L'araignée couvrit alors de sa toile ces palais superbes qui avaient retenti des discussions des janissaires et des Arabes ; et le pacha, qui, jusqu'à cette époque, n'avait craint que cette milice, trembla au seul nom des beys. Cependant les mamelucks, cette plaie d'Egypte toujours renaissante, cette plante parasite qui croît sans cesse sur un terrain fertile , mais négligé , avaient continué de se recruter chaque année comme auparavant, et moins on accorda d'estime au soldat nommé par son souverain, plus on fit de cas de l'esclave élevé aux dignités par son propre maître.
» Ali, Géorgien de naissance, fut celui de ces beys qui obtint le plus de pouvoir. Nommé au grade de scheik-el-beled, nonseulement il anéantit la puissance des odgiaklis, mais il éclipsa même entièrement ses collègues , et réserva toutes les dignités pour ses mamelucks favoris, Mahomet, Ismaïl et Hassan. Enfin, portant l'audace jusqu'à secouer le joug de la Porte, il fit al- Jiance avec les Russes , qui en étaient ennemis, et envoya son