CHAPITRE SEIZIÈME
prononcé. Il appelle à lui ses mamelucks, et, au milieu de leurs rangs serrés, pousse le cri de guerre et lire le sabre. Ses partisans en fonl autant , de même que ceux des enfants de Mahomet. Les jeux militaires cessent, la mêlée commence, et le peu de partisans d'Ismaîl qui restaient encore se réunissent sous la bannière d'Hassan.
» Pendant trois jours chaque rue du Caire devint tour à ton r un champ de bataille; pendant trois jours le sang arrosa tous les pavés de la capitale. Enfm Hassan sentit son parti chanceler et vit ses plus fidèles serviteurs tomber Tun après l'autre. Sur ie point d'être écrasé par les forces supérieures de ses ennemis, il rassemble une petite troupe sur laquelle il pouvait compter, et se fait jour à travers les assaillants. Courant à toute bride , il gagne le vaste faubourg de Boulak sur les bords du Nil , et y cherche un refuge dans la maison d'un ancien ami du scheik Damanhburi ; mais la sainteté de cet asile est méconnue , et le noble fugitif y est investi presque aussitôt après que les portes s'en étaient ouvertes pour l'y recevoir.
» Retranché dans les murs de sa forteresse, Hassan soutient le siège avec courage pendant quelque temps. De chaque fenêtre on fait pleuvoir sur les satellites de Mourad tout ce qui peut servir d'instrument de destruction , et plusieurs d'entre eux paient de la vie l'ardeur qui les entraîne à cette poursuite. Après s être défendu plus d'une heure de cette manière, il voit, du haut du bâtiment, la porte enfoncée et ses ennemis se précipiter dans la maison comme un torrent. Il se détermine alors à cesser une lutte inutile et à se sauver par la fuite. Montant sur la terrasse de la maison qui ne pouvait plus lui offrir un asile , il passe sur le toit de celle qui en était voisine , gagne celui d'une troisième , et court ainsi de terrasse et terrasse S tantôt montant è des hauteurs inaccessibles , tantôt se laissant glisser d'une hauteur effrayante et obligé quelquefois de sauter l'espace qui séparait les habitalions. Enfin il arrive à la dernière d,es maisons contiguës les unes des autres. Là il se trouve arrêté dans son voyage aérien ; il faut qu'il descende du haut de ce promontoire , et qu'il se remette de niveau avec ceux qui le poursuivent. Il s'introduit dans un
1. Tonlcs les maisons du Caire <ont couvertes en terrasse, et cliaque quartier de la ville est répare des autres par une porte qui se ferme toute» le» nuits.
grenier par une fenêtre, gigne Tescalîer, descend d*étage en étage , arrive à la porte , et y ti^ouire un Hiameluck ennemi , d'une taîtle gigantesque , qui le guettait au passage. Il le renverse d'un seul coup de sabre , monte sur le cheval de son ennemi terrassé et reprend la route du Caire au grand galop. Mais on le surveillait de toutes parts, et il fut bientôt poursuivi par une troupe nombreuse. N'importe, le danger lui prête des ailes; il gagne du terrain sur sesennemis et entre au Caire avant euT» Il se fait jour à travers une foule que la curiosité avait amassée à la porte de la ville , entre dans la rue principale, et court à tonte bride dans la partie la {dus populeuse de la capitale. Quand il sort d'un quartier pour entrer dans an autre, il en fait fermei* les portes pour retarder la marche de ceux qui le poursuivent. Rencontrant une troupe de chameaux qui portaient de l'eau, il perce leurs outres avec son poignard pour rendre le pavé glissant Trouvant plus loin un convoi de chariots , il s'en sert pour embarrasser la rue. i.a foule ne Tarr^e pas un instant, il la disperse à coups de sabre et il renverse les passants sous les pieds de son dievai. Des cris de terreur annoncent et précèdent partout son arrivée. A sa vue, le peuple fuit de toutes parts, comme le chaume éparpillé par un tourbillon. Sa course incertaine le ramène souvent dans une rue qu'il a déjà traversée; mais chaque fois qu'on le revoit il est plus pâle el plus couvert de sang qu'auparavant , et on commence à croire que c'est son ombre qui continue le combat que son c^irps a commencé. C'était un spcciacle merveilleux que de voir une vaste ca« pitale dont tous lesquartiers,peuplésd'une multitude immense, étaient tour à tour frappés de ten*cnr et de consternation par la présence d'un seul homme , d'un fugitif, qu'on ne faisait que voir et entendre , et qui disparaissait comme un météore.
• Les forces commencent pourtant à lui manquer; son cheval est près de succomber ; ceux qui le poursuivent et qui avaient perdu ses traces, guidés pai;les cris que pousse le peuple li son aspect, sont de nouveau sur la voie ; ils gagnent à leur tour du terrain sur lui, et rien ne semble pouvoir le dérober à leur fureur. .
» Dans cette extrémité , une ressource , une dernière rcs< source s'ofire à son esprit : il est devant la maison de son en-