CHAPITRE DIX-StPTlÈME
à rinfluence du mauvais œil S je tâchai de me cracher à la figure, pensant qu'un cas extraordinaire exigeait un remède qui ne le fût pas moins.
Après avoir jfait cet exploit, non sans difficulté, je partis tout à fait rassuré sur le succès ào la démarche que j'allais faire. Un aveugle que je renicontrai dans la rue m'indiqua le chemin du palais de Suleiman, situé près du lac Yusbekieh ^ L*air de grandeur de cet édifice, bien loin de diminuer ma confiance, ne fit qu'ajouter à mon orgueil en me promettant un théâtre digne de mon ambition. Convine une balle qui bondit , je montai rapidement le grand escalier, parcourus la longue galerie , et entrai dans la salle d'audience. Apercevant le bey assis sur son sofa au haut bout de l'appartement, je rendis aux jeunes gens qui formaient une haie sur mon passage les regards hautains et curieux qu'ils me lançaient ; et , lorsque je fus près de leur maître, je touchai la terre de ma main , que je portai ensuite h mon front et à mes lèvres, et présentai mes lettres de créance avec toute la grâce possible.
Dans tout l'Orient, les grands, quand on s'adresse à eux pour la première fois, conservent un caractère de physionomie impénétrable. Leurs émotions intérieures sont cachées sous un masque de pierre. Ils évitent ainsi de se compromettre en rien, ce qu'ils feraient jusqu'à un certain point quand même leurs traits exprimeraient tout le contraire de ce qu'ils pensent. Il me sembla pourtant distinguer sur le visage impassible du bey que mon premier abord avait produit une impression qui ne m'était pas désavantageuse. Une ou deux fois , tandis qu'un de ses yeux semblait occupé à lire avec attention la lettre que je lui avais remise, je surpris l'autre se dirigeant à la dérobée vers moi , et me toisant avec un air de satisfaction propre ^ m'encourager.- Ayant enfin lu cette longue épître, en apparence avec beaucoup de difficulté , Suleiman la déposa près de lui sur le sofa , s'essuya le front , et me dit qu'il était charmé de me voir. «Mon ami Oihman-Bey, » dit-il en faisant avec ses petites mains des gestes assortis à son discours, « m'as-