CHAPITRE DIX-SEPTIÈMK. Îî
onr et prête à partir. Nous nous mîmes bientôt en qjarche ; nais, quand je demandai où nous allions, personne n*en était nstruit Les beys sont trop méfiants pour confier à leur suite m secret si important. Ce n*est qu'après être sorti de la ville lue le serah , ou domestique chargé de f uire les préparatifs , ipprend quel est Tendroit où Ton doit faire halte. Il part alors m son dromadaire pour tout disposer ; le reste de la troupe lesoiien poussant de grands cris ; et, lorsqu'on est arrivé au lieu indiqué, les mamelucks se rangent en cercle autour du terrain.
On avait choisi pour théâtre des jeux guerriers le Koubbelel-Haue, et je soupçonnai que le bey désirait en secret voir ses pressentiments se vérifier , quand j'appris qu'il n'existait pas dans le voisinage du Caire de terrain plus défavorable pour les exercices militaires. AGn dé pouvoir en juger, d'étudier l'adresse des mamelucks, et de me faire une idée de leur habileté, je me tins d*abord en arrière comme si je n'eusse osé entrer en lice avec eux ; mais moins je montrais d'ardeur, plus on me pressait d'imiter les autres, dans l'espoir, comme on le juge bien, de rire à mes dépens. Ils savaient bien, me disaient les pins jeunes , que c'était par compassion pour leur infériorité que je ne me mettais pas sur les rangs ; mais ma modestie ne pouvait me ^rvir d'excuse ; j'avais pris un engagement , et il fallait le remplir.
Comme si ces railleries plusieurs fois répétées m'eussent tiré de ma léthargie, je saisis un djérid d'une main qui paraissait trem^ blanle ; et, pour mettre ma maladresse dans tout son jour, on me choisit pour adversaire le moins habile de toute la troupe. Il lança son djérid contre moi ; tous les yeux le suivaient. Quoique je fusse assez mal monté , j'évitai le coup , et le bâton frappant la terre ne fit que soulever un nuage de poussière ; chacun fut étonné. Je lançai mon arme à mon tour, mais avec plus de succès, car elle atteignit'sa destination. La surprise des spectateurs augmenta , et mon antagoniste furieux sortit du cercle. Ses compagnons commencèrent à soupçonner qu'ils n'avaient pas affaire à un novice. Les plus adroits d'entre eux se présentèrent successiveineiu contre moi, mais sans obtenir beaucoup plus de succès. Les exclamations de surprise firent place au silence du dépit , et l'on se mordait les Iùm es de ra^JCi
J'eus la bonne foriune de montrer aulant d'adresse an pistolet et au sabre. Je mis en pièces le pot de terre \ et je fendis le cuir du premier coup ^ Ce fut ainsi que je recueillis au Caire, dans le Koubbet-el-Haue, les premiers fruits des exercices que j'avais pratiqués à Constantinople dans l'Ocméidan; et la mélancolie qui m'avait porté à les apprendre fut la source du triomphe que j'obtins. Ma réputation s'éleva si haut en un instant, que le bey lui-même voulut s'essayer contre moi au djérid. J'avais entendu dire qu'il n'avait qu'un talent médiocre dans cette espèce de jeu militaire, et je né pouvais douter qu'après avoir maintenu mon terrain contre les plus habiles marnelucks de Suleîman , je n'eusse que peu de crainte à concevoir de leur maître. Cependant , à peine eut-il manifesté cette intention, que je vis tous les visages s'épanouir. « Que veut dire cela? » pensai- je. Mais un moment de réflexion suffit pour m*expliquer ce phénomène. « Coquins! » m'écriai-je intérieurement , « tout ce que vous désirez maintenant , c'est de me voir victorieux, afin que je perde à jamais les bonnes grâces du bey ; mais ne vous en flattez pas. Si Sélim sait quand il faut vaincre, il sait aussi quand il faut paraître vaincu. » Et, en effet, je pris tant de précautions pour lui laisser l'honneur de la victoire, que Suleîman déclara hautement que j'étai», après lui, l'homme de tout le Caire qui lançait le mieux le djérid ; et, en retournant à son palais, il m'engagea définitivement à son service. N'osant pas cependant me mettre tout d'un coup sur le pied de la caste favorite , il me plaça pour l'instant au nombre de ses seratches ^ Mon salaire était peu de chose; mais, parmi les serviteurs des beys d'Egypte, qui jamais a regardé ses appointements comme un moyen d'existence ?
Indépendamment de ses nombreux mamelucks, branches adoptives greffées sur l'arbre de sa famille, Suleîman avait trois rejetons sortis directement du tronc , deux filles et un garçon. Il semblait fort attaché à sa progéniture féminine. Quant à son fils^ on ne pouvait l'accuser de le gâter par excès de tendresse.