‹ AnastaseChapitre 151 sur 407 · I . Porleiir de pipes · texte numérisé non relu

I . Porleiir de pipes

Heureusement le teint du nouveau venu était trop brun pour pouvoir figurer dignement dans la collection de Suleîman, sans quoi il m*aurait fait garder la maison plus souvent que je ne Taurais voulu, de crainte que le soleil ne gâtât quelque chose à son assortiment. Aussi se passait-il rarement un jour sans que j'allasse visiter, avec quelques jeunes mamelucksde notre maison, maallim ^ Ibrahim, maallim Yacoub , maallim Youssef , ou quelque autre des maallims ou écrivains cophtes demeurante pe.u de distance du palais de notre maître. Ils nous aidaient à nous maintenir dans quelques-unes de nos anciennes et bonnes habitudes chrétiennes, car jamais ils ne nous laissaient partir sans nous offrir quelques verres d'arack « pour chasser de notre estomac, » disaient-ils, « toute Teau dont nous étions entourés. » Leurs bonnes intentions pourtant allaient quelquefois au delà du but qu'ils se proposaient. Un soir, mon compag;non et moi nous prîmes une dose si copieuse de cet antidote, qu'en retoyrnant au palais nous ne pouvions plus distinguer le chemin du canal qui le bordait, de sorte que nous y tombâmes tous deux. Mon compagnon m'y entraîna , et ce fut moi qui l'en tirai. Il fut si reconnaissant de ce léger service que depuis ce moment nous fûmes amis intimes. Quelques autres mamelucks cherchèrent \ semer la discorde entre nous, mais leurs efforts furent inutiles; rien ne put refroidir l'ardeur d'un attachement dont le feu s'était allumé dans l'eau d'un fossé.

Mon camarade se nommait Rachouan, et le Gurgistan ^ était sa patrie. Il possédait au plus haut degré toutes les qualités qui distinguent les mamelucks. Aussi adroit que vigoureux , il savait dompter le cheval le plus fougueux^ sauter un fossé (quand il n'avait pas bu) avec l'agilité d'un daim , rendre son coursier immobile tout à coup au milieu de la course la plus rapide, et manier avec la même dextérité le cimeterre, le mousquet et le pistolet.

Un jour je le trouvai occupé à faire à quelques-uns de ses compagnons une description animée de toutes les beautés do son pays natal Les fleurs , les fruits , la verdure , les ruisseaux ,

1. Tilre d'honneur qu'on donne aux cens de la seconde classe, et qui revient an nom de niaitre.

2, Gvot'Qle.

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