‹ AnastaseChapitre 156 sur 407 · CHAPITRE XVIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIIL

Anaslase est nommé caïmakam. — Ses apprêts de voyage. — Sa manière de voyager. — Son arrivée dans sa scignemMc. — Son adminislration. — Ses prcoccnp.'» lions sur Ic^ Nil. — Il est remplacé. — Il échappe ciux Bédouins. — Il retourne an Caire.

Suleîman , à l'occasion de sa guérison , prit un moyen plus direct que de coutume pour me prouver sa reconnaissance. Il nie nomma tout h coup multezim ou propriétaire d'un district contenant plusieurs villages, et Sélim-aga devint ainsi un homme

de quelque importance. Mais cette faveur enflamma à un si haut j degré la jalousie des mamelucks et fit naître parmi eux tant de murmures , que le bey m'aurait , je crois , Volontiers vu dans la situation dont je l'avais tiré , el n'aurait pas été fâché que je n'eusse plus eu la ressource des poudres d'Eugène. Peu de jours après ma promotion , il me manda en sa présence. » Sélim, » me dit-il dès qu'il m'aperçut , » vous avez été mon médecin il n'y a pas long-temps, je veux être le vôtre à mon tour. »

Je le remerciai , et l'assurai que le plaisir de voir sa sanlé rétablie avait mis la mienne à l'abri de tout accident.

« Vous vous trompez, » me répondit-il , « vous êtes malade, très-malade , je le vois sur votre visage. L'air du Caire ne vous convient pas. Suivez mon avis, et allez respirer celui de la province dans laquelle sont situées vos possessions. »

C'était déjà quelque chose que de voir que je n'étais pas destiné h avaler une potion qui aurait pu me guérir de tous maux présents et futurs. Je regardai cependant celte ordonnance comme indiquant que ma situation était critique, et je m'écriai : « Ditesmoi , seigneur, que j'ai eu le malheur de perdre vos bonnes grâces , que mes ennemis l'ont emporté, et que vous me bannissez de votre présence. »

« Vous vous trompez , « répliqua-t-it; « et , pour vous prouver que je ne perds |)as si promptement le souvenir du service que vous m'avez rendu , j'ajoute un nouveau bienfait 5 celui que je vous ai déjà accordé; je vous nomme caïmakam* de Samanhoud. C'est un séjour délicieux , et votre résidence dans ce district vous acclimatera. Lorsque vous reviendrez , vous serez moins étranger parmi nous. »

Il est des circonstances où un avis équivaut à un ordre. Une me restait donc qu'à partir dès que j'aurais reçu l'investiture de ma nouvelle dignité.

Me voilà donc devenu Sélim-caïmakam , et, par le droit qu'on s'arroge toujours de s'élever d'un rang au-dessus de son état, me donnant déjà les airs d'un kiachef. Pas un humble rayah n'avait le malheur de me rencontrer dans la rue saus'quc

1. Lieulenant, ou représenum ofnrici d'un lioiiime public. Quand le gramlvizir va prendre le couiuiaudeuiuul de Taruiee turque, il laisse à Couiiianii' liOpJe son caïinakauii

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