‹ AnastaseChapitre 160 sur 407 · CHAPITRE DIX-HUITJÈMK · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITJÈMK

L'animosité héréditaire qui régnait cnlrc ces deux districts avail une origine cachée dans Tobscuriié des siècles; mais on avait toujours eu la précaution de l'entretenir par des actes mutuels de violence , et je vis , à ma grande édification , .que , si l'on avait oublié la première cause de Finimitié , elle n'en était pas pour cela moins implacable.

Quoique enchanté de trouver en ce canton un esprit si louable, je pris pourtant la liberté de leur représenter qu'en supposant même que la prospérité de leur village excédât toutes bornes raisonnables, je croyais qu'elle devait se trouver suffisamment modifiée par les contiibutions à payer au sultan , les taxes imposées par les beys, les fournitures à faire aux voyageurs comme moi, les exactions de propriétaires avides, les déprédations commises par les Arabes errants, et les usurpations annuelles que les sables faisaient sur la terre labourable, sans parler des accidents que pouvaient causer les sauterelles, la peste, une crue insuffisante des eaux du Nil , la famine et la mortalité, et qu'il n'était pas nécessaire d'y ajouter gratuitement les agréments d'une guerre civile contre des voisins , commencée sans cause et continuée sans objet.

Cette remontrance modérée fut prise en bonne part , et parut faire beaucoup d'impression sur leurs esprits, lis ne m'adreslsèreul pas une seule objection, m'interrompirent souvent en criant « écoutez ! écoutez ! » me remercièrent humblement quand j'eus cessé de parler, et restèrent paisiblement, quand je partis, à l'endroit où je ]e^ avais trouvés. Mais j'appris ensuite que, dès qu'ils m'eurent perdu.de vue avec ma suite, ils étaient allés livrer à leurs ennemis la bataille la plus sanglante dont leurs annales fassent mention.

EnQn, après avoir passé près d'un mois en voyage, des cris éclatants poussés par toute ma suite m'annoncèrent , à ma grande satisfaction, qu'on voyait les murs de ma capitale. Je m'attendais à voir paraître mes sujets, rangés en bon ordre, tambour battant et enseignes déployées , pour venir recevoir leur nouveau gouverneur. « Combien de temps ils ont dû attendre mon arrivée I » pensai-je, en pressant le pas de mon cheval pour satisf^iire plus tôt leur impatience.

Mais en vain je mettais à la torture mes yeux et mes oreilles.

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je ue voyais aucun mouvement , je n'entendais aucun bruit qui annonçât quelque préparatif pour ma réception. Je ralentis alors ma marche , afin de leur donner le temps d'arriver au-devant de moi. Vaine attention ! pas une âme ne parut, et il fallut que j'entrasse dans ma capitale dans le plus parfait incognito. A chaque rue par où jç passais, j'avais une Douvelle espérance que je trouverais dans la suivante les honneurs qui m'étaient destinés ; mais, au contraire , la ville semblait déserte et abandonnée ; toutes les portes , toutes les fenêtres étaient fermées, et l'on n*y apercevait ni hommes, ni femmes, ni enfants. On aurait dit que mon arrivée en avait fait fuir tous les habitants. Je traversai ainsi toute la ville, qui, à la vérité, n'était pas très-grande. J'étais si mortifié que , ne pensant plus à ce que je faisais, j'en sortis par l'extrémité opposée à celle par où j'y étais entré et pris la route du Saîd. J'aurais, je crois, continué à marcher ainsi jusqu'au bout du monde, si mes oreilles n'eussent été frappées de cris tumultueux qui se faisaient entendre à environ deux cents pas derrière moi. Ce n'était rien moins que les scheïks, les schihouds et tous les habitanis de la ville qui, me voyant ainsi tourner le dos à ma capitale, poussaient de grands cris pour m'arrêter dans cette marche étrange. Malheureusement leurs clameurs produisirent un eiïet tout contraire à celui qu'ils en attendaient. M'imaginant, par suite de ma distraction, que ce bruit était occasionne par une querelle qui ne me concernait en rien, je fis prendre le grand trot à mon cheval ; et , quand je vis le rassemblement doubler de vitesse à me poursuivre, je partis au galop. Enfin un homme de ma suite , qui avait appris ce qui se passait , me supplia de l'écouter et me tira de mon erreur. Mes sujets, pauvres créatures ! étaient jnoins à blâmer que je ne l'imaginais. Instruits de tnon arrivée, ils avaient, de grand matin , pris position dans un endroit à quelque distance de la ville, par où ils avaient jugé que je devais passer; mais un mauvais chemin m'avait obligé à faire un circuit, et j'étais arrivé dans ma capitale par une autre roule, ce qui les avait Obligés à courir après le gouverneur à la rencontre diiquel ils avaient marché. Après cet éclaircissement , 'je revins sur mes pas plus satisfait de mon peuple , et il n'en résulta qu'un peu •

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