‹ AnastaseChapitre 161 sur 407 · CHAPITRE DlXHUlïlÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DlXHUlïlÈME

de désordre dans la réception qui m'avait été préparée, le gouverneur et les gouvernés rentrant ainsi dans la ville à rebours. C'était par une pure modestie que je ne m'étais pas attendu à trouver une capitale semblable au moins à Rosette ou à Faoué ; mais cependant lorsque je jetai les yeux sur la mienne/ ma première pensée fut d'accuser Suleïman de m'avoir traité avec trop peu d'égards. Ce ne fut que par degrés que je revins à des sentiments plus raisonnables , c'est-à-dire que je commençai à réfléchir que je devais considérer ma place comme lucrative, sinon comme agréable. £n conséquence je mis tous mes soins à bien connaître tous les droits qu'elle me donnait , et je fis tant de progrès dans cette étude qu'en fort peu de temps je fus en état de dire , jusqu'à une fraction de para , ce que chaque verge de terre devait me rapporter , et ce que chaque tête de mes sujets devait payer au multezim, au lieutenant, au gouverneur et au miri ^ Quant à mes divertissements , ils consistaient à faire des baux, à imposer des contributions, à prononcer des amendes, à recevoir des présents et à infliger des punitions. Le fellah égyptien se faisant un point de conscience de ne jamais payer ses loyers que lorsqu'il y est contraint par la force , et montrant avec vanité les cicatrices des coups qu'il a reçus pour une si noble cause, mes opérations Gnancières me procuraient assez souvent l'occasion de donner l'essor à mou penchant belliqueux. Cependant mon génie, dans sa nouvelle sphère, n'était rien auprès de celui de mon écrivain cophte, qui, avec un salaire de six médius par jour et une famille nom'breuse à soutenir, était venu à bout, à force d'économie, de devenir aussi riche que le séraf ^ d'un sultan. 11 est vrai que, quand il tirait un para de sa poche , c'était comme s'il se fût déchiré les entrailles. J'essayai une fois d'examiner ses comptes, mais il m'aurait été aussi facile de sortir du labyrinthe de Crète. Quand je me plaignais de ce digne personnage à mon serviteur de confiance, celui-ci ne faisait qu'en rire ; il levait les épaules, et me disait qu'il pouvait être désagréable d'être trompé , mais que c'était l'usage général. Si le cophte trompait le multezim 9 le multezim ne trompait-il pas le caîmakam, de

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