CHAPITRE DIX-NEUVIÈME
la rapacité d'un propriétaire avare, ses tendres parents allaient mettre cette jeune vierge sous h protection d'un époux avant qu'elle eût atteint sa douzième année. Lejour de ses noces était déjà fixé, mais on avait attendu trop tard; elle fut enlevée par une troupe d'hommes armés, et tomba dans l'esclavage au lieu de devenir épouse.
» Amenée ici pour embellir mon jardin , cette jolie rose de rOrient devint bientôt ma fleur favorite ; mais, avant de la placer sur mon sein, je ne manquai pas de me conformer à notre coutume sacrée : je lui demandai sur quelle tige elle avait crû , et quels murs l'avaient protégée contre l'intempérie des saisons et contre la main violente des hommes. Sélim, le croiriez-vous? dans mon esclave, je reconnus ma sœur.
» L'aimable vierge que j'avais devant les yeux était véritablement la fille de mon père, jeune et solitaire rejeton, qui s'était élevé près du vieux tronc, long- temps après que tous les autres en avaient été arrachés, et qui ombrageait sa cime de nouvelles feuilles. Pour la première fois, après vingt ans de séjour en ^gypl^» je sentis le pouvoir des liens de famille, j'entendis la voix du sang.
« Mais vous me demanderez peut être quel intérêt tous ces détails peuvent avoir pour vous. Ecoutez-moi.
Il me parla alors de l'état des affaires publiques et des projets qu'avaient formés différents beys , ù peu près dans les mêmes termes que Suleïman, si ce n'est qu'il ne se montra point irrésolu sur ce qu'il avait à faire, comme celui-ci me l'avait dépeint. Je commençai à craindre d'être destiné à entendre deux fois dans uojour, par l'espérance de quelque avantage personnel, un long détail d'affaires qui m'étaient étrangères; mais ce qui suivit réveilla mon attention.
» Dans un moment si critique, « dit Ayoub, «il est n<iturel n"e je cherche à m'entourer d'hommes dont la bravoure n'ait pas besoin d'être excitée par les fumées de l'haschich % et qui y joignent l'intelligence et l'habileté qui peuvent rendre le couî^age utile. Le nombre n'en est pas considérable , mais vous en feiles partie , et le ciel m'a accordé les moyens de vous attacher
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h ma maison et de récompenser les services que vous me rendrez. If faut à ma sœur un ip'ari digne d*un si grand honneur, cl qui veuille accorder h son épouse des hommages non partagés. Je ne puis le trouver parmi mes mamelucks; les uns sont déjà mariés, les antres n*ont pas encore fini leur temps d'épreuves. C*est donc à vous que j*o(Tre la main de la jeune Zélidah, à vous qui pouvez devenir mon appui et la consolation de ma KQcur. Je dois pourtant ajouter, que je ne vous aurais pas fait cette proposition , si Suleïman , votre ancien patron , eût continué à vous accorder sa protection; mais il paraît qu*il vous a disgracié sans qu'on en sache la raison : je puis donc, sans scrupule, vous offrir une épouse de mon sang, que part dans mes honneurs, une maison dans ma maison. »
Je n'entendis pas celte offre sans une vive émotion. Elle me comblait de plaisir, mais en même temps elle me mettait dans l'embarras. Je ne savais comment choisir entre la perspective brillante qui s'ouvrait devant moi d'une manière si inattendue, et les faveurs que j'attendais d'une aiilre part , mais sur lesquelles je n'avais encore rien de positif. Je n'osais espérer que les desseins que Suleïman pouvait avoir sur moi , et qu'il ne m'avait pas encore fait connaître , pussent jamais être plus favorables à mon ambition que ceux qu'Ayoub venait d'avouer; mais, d'une autre part, comment m'altacher au service de celui-ci sans manquer h la gratitude, à la fidélité que je devais h Suleïman ? Placé dans cet embarras , entre un objet certain et un espoir douteux, je résolus magnanimement de me servir d'abord des offres d'Ayoub pour mettre à l'épreuve la munificence de Suleïman , me réservant de les accepter ou de les refuser ensuite suivant les circonstances. J'adressai donc à A}ioub un discours plein de ces riens pompeux qui passent pour des remercîments , et je le priai de ne pas trouver mauvais que je n'acceptasse ses propositions, quelque brillantes qu'elles fussent, qu'après avoir demandé le consentement de Suleïman ; ajoutant que, bien loin d'avoir perdu mon crédit près de lui, j'étais plus avant que jamais dans ses bonnes grâces.
Ayoub ne parut pas irès-flatté de voir que ses offres brillantes n'étaient acce|)tées que condiiionnelleraent , et qu'elles allaient être soumises à la discussion d'un rival. Il jura par sa