‹ AnastaseChapitre 175 sur 407 · CHAPITRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIÈME

soD propre dos , mais sur les épaules nioios robustes d'un petit cophte à teint jaune qu'il retenait de force agenouillé devant lui. Doutant de Tefficacité de ce moyen pour inculquer les principes d'une religion quelconque , je demandai quelle était la cause de cette correction paternelle.

« Qnand noii^ faisions des distributions de riz, » me répondit le frère , « ce coquin voulut se faire catholique ; mais ii pré* sent que les vivres sont rares et que nous avons à peine de quoi »o|wi8ter nous-mêmes, il me rapporte son chapelet , et me dit ; Point de pilau, point de pape. »

Je ne pouvais approuver la conduite du petit cophte, mais elle me rappela la mienne à l'égard du père Arobroise. Je sentis pour lui un mouvement de compassion , et je le tirai des grilles de son bourreau. Ce fut ainsi qu'à mes autres hauts faits j'ajoutai la prouesse d'un chevalier errant, et que je devins le rival , sinon dn célèbre Antar * , au moins du fameux Don Quichotte,

Cependant je renonçai h la chevalerie errante , lorsque j'ar^ rivai dans l'étendue de ma juridiction. Le premier hameau dans lequel j'entrai ne me donna pas une idée fort avantageuse de la situation de mes vassaux. Cinq qu six enfants complètement nus, déjà attaqués d'un mal d'yeux qui devait se terminer par une cécité totale, se roulaient dans la boue devant ia porte d'une chaumière, se disputant un morceau de ppin de millet de la grosseur de'mon petit doigt. J'entrai dans cette misérable butte, et j'y trouvai la maîtresse du logis , mère de cette charmante famille , assise sur un tas de fumier de buffle , et enveloppé^ d'une fumée puante qui s'en exhalait. Ce spectre femelle, voyant entrer un étranger, prit à la hâte le seul haillon qui lui couvrait le corps pour s'en voiler le visage , tandis que son mari , dans un coin de la cabane , s'occupait à y enterrer un sac dq riz destiné à la nourriture de sa famille. Quelques pelletées de terrç de plus l'auraient complètement caché, lorsque je me montrai, A cette vue, la bêche lui tomba des mains, et la guenille qu'il nommait son turban se souleva d'un pouce sur sa tête.

« Ne craignez rien, mon ami, » lui dis-je, « ce n'est pas l'en^ nemi qui arrive, c'est votre gouverneur, »

1. Hërot arabe dont lei aventures font le sujet d'un roman oriental intërefesant. B.

26) * MÉMOIRES D'UN GRtC.

« Hélas! » Die répondit-il, « le kiachef ne dévorera-t-il pas mon riz ? et quel plus grand mal peuvent me faire les Bédouins? Mais, puisque vous avez vu le sac, prenez-en la moitié, et ne parlez pas du reste , ou il faut que nous périssions tous de faim. »

« Gardez tout, «» luidis-je, c*est à votre kiachef que vous parlez. Souvenez-vous donc que je connais votre cachette ; quand on viendra vous demander le paiement du tribut , faites-le de bonne grâce , et ne croyez pas que votre honneur exige de vgus y laisser forcer par les coups. »

A ces mots, je sortis de la chaumière, laissant toute la famille fort surprise d'avoir vu son kiachef sans que cette vue lui eût rien coûté.

Arrivé au lieu de ma résidence , je m'occupai sur-le-champ à recevoir, avec la dignité convenable , les hommages et les présents de mes sujets. Mon écrivain cophte eut un soin tout particulier qu'aucun d'eux n'eût à se plaindre d'avoir été oublié. Il leur envoya à tous une sommation de venir offrir leurs félicitations au nouveau gouverneur, non-seulement aux cultivateurs du sol , stationnaires sur les lieux , mais même aux scheiks arabes qui prenaient à bail de temps à autre un certain district La libéralité de ces derniers offrit en cette occasion plusieurs nuances. Le premier qui arriva me Gt présent, indépendamment du tribut qu'il devait payer, de deux chameaux , d'un dromadaire et de cinquante moutons gras dont les toisons étaient blanches comme la neige. « Gela commence bien , » pensai-je. Le second qui se présenta en même temps me fit un présent d'une tout autre couleur, (deux jeunes A byssinienncs du caractère le plus complaisant), en me disant que Tivoire même devenait insipide, siTébëne n'y faisait contraste. Le troisième ne m'offrit qu'un cheval efflanqué , mais de race noble , et dont la généalogie était si longue qu'elle aurait été jusqu'au Caire. « Cela peut encore passer, > me dis-je à moi-même. Un quatrième chef arabe, arrivant alors, ne me donna pas un seul para au delà de ce qui m'était légitimement dû, audace que je ne lui pardonnai que lorsqu'il en vint un cinquième, qui se récria tellement contre le tribut qu'il apportait à regret , et qui paria si haut , que je lui aurais volontiers fait remise de tout ce qu'il me devait, en lui donnant

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