‹ AnastaseChapitre 176 sur 407 · CHAPITRE VhNGÏlÈMK · texte numérisé non relu

CHAPITRE VhNGÏlÈMK

même en outre une bonne gratification, à condition qu'il mettrait entre lui et moi cent lieues d*un désert impénétrable.

J'avais laissé au Caire Kbadidgé occupée à faire une collection de charmes et d'amulettes , et à réciter toutes les prières dont on lui vantait Tefficacité , pour, obtenir du prophète que sa taille rebelle, qui s*opiniâtrait à rester svelte et légère, acquit à mon retour plus de rotondité : du reste , j*étais sur son compte dans la plus heureuse sécurité , quand tout à coup un exprès m'apporta de la capitale la mauvaise nouvelle, non-seulement qu'elle était malade , mais qu'on la regaidait comme en grand danger. Cependant le savant Esculape musulman appelé en cette occasion ayant porté cette décision sans voir la malade , et en consultant seulement un fil de soie noué autour de son poignet , je n'ajoutai pas une foi entière à son rapport ; mais je partis à l'instant même , bien résolu de charger quelque médecin franc de guérir ma femme , dussé-jc même la lui laisser voir, et n'étant embarrassé que des moyens à prendre pour justiOer une mesure si extraordinaire.

Hélas ! il était écrit que je ne la reverrais plus! Pendant le dernier jour de mon voyage , le souffle de la vie l'avait abandonnée pour toujours. La célérité avec laquelle je voyageai n'aboutit qu'à me faire arriver assez à temps pour entendre les cris de douleur dont ma maison retentissait, et qui se chan-* gèrent en hurlements de désespoir dès qu'on m'aperçut. Je me fis conduire dans la chambre où était déposé tout ce qui res^ tait de celle que j'avais laissée peu de temps auparavant bril» lante de jeunes et de santé. Le cercueil était couvert de lames d'or et d'étoffes précieuses; et des guirlandes de fleurs de toutes couleurs embaumaient l'air de leur parfum, comme pour faire contraste avec l'œuvre de corruption à laquelle la mort travaillait déjè. i( O Khadidgé , » m'écriai-je à ce spectacle triste et solennel, « le nombre de tes jours a été compté trop tôt! Tu as trop tôt disparu , comme l'ombre à midi I Trop tôt le vent glacial de la mort a flétri le bouton de ton existence. »

Je fus interrompu au milieu de mes exclamations. On me reprochait de retenir mal à propos les anges noirs et bleus du tombeau , qui attendaient la défunte , et je fus obligé de permettra qu'on procédât à ses funérailles.

265 AIÉMOIRKS D*Ur« GREC.

Tous Dies myrtes étaient alors faoés , il né oie restait que le sombre cyprèn. J*aUai déposer ma douleur et mes regrets aui pieds de Suleiman. Lui->méiiie était dans Taffliction ; il me reçut pourtant avec sa bonté ordioaire , et m'assura que ses seotiments h mon égard ne changeraient jamais. Je le remerciai de cette assurance , mais je n*en sentis pas moins que j'avais perdu mon principal titre k sa faveur ; et je fus tenté de m'appliquer le proverbe grec : • Heureux le malheur qui n'est pas accompagné d'un autre ! »

Un mameiuck trouve rarement le temps de s'affliger; j'étais encore dans le premier paroiysme de la douleur, quand je fuH arraché à ma retraite par la nouvelle que le projet d'expédition contre les beysdo la Haute* Egypte, si inopinément abandonné, avait été repris non moins inopinément ; et j*cippris presque en même temps qne Mourad était déjà fin marche pour Ës-souan, Cet événement n*aurait cauiié que de )a joie aux beys confédé-^ rés, si Mourad, soit pour réserver à ses p9rtisans tout le profit de la campagne, soit pour laisser en son absence k Ibrahim des moyens suffisants dé défense, ne se fût contenté de prendre en cetteoccasion ses propres troupes, et n'eiit laissé au Caire toutes celles qui api^artenaîent au gouvernement ; il en résultait que le scheîk-el'beled avait k sa disposition des forces plus considérables qu'il n'était à désirer pour le succès de notre plan. Cependant, désespérant de trouver Jamais une meilleure occasion, on résolut de le mettre k exécution sur-le-champ , et les principaux confédérés se réunirent dan^i le palais d'Ayoub pour arrêter un pian d'opérations.

Quand ce fut ù moi ft donner mon opinion, je proposai de marcher sur-le-champ avec toutes nos forces contre le scheîkel'belod, de le surprendre dans son palais avant qu'il pût rece- Yoir des secours de la citadelle , et d'affronter tous les {)érils pour nous emparer de sa personne ; il ne fallait lui donner aucun soupçon de notr^ pfiécontentemeut , ne lui faire aucune proposition, ne hasarder aucune démarche qui pût le mettre sur ses gardes avant que ce (U'ojet fût accomplit Une fois en notre pouvoir, il faudrait bien qu'Ibrahim se soumit à nos con* ditioos^ et nous donn4t toutes les garantie? qu'il nous plairait d'exiger.

Ilti

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