CHAPITRE VmGTifeME
Plusieurs motnblcs de rasseiîiblôe , et entre ftutkts SnleTman, approuvèrent cette marche décisive et appuyèrent ma proposition de tout leur pouvoir; mais Ayoub s*y opposa non moins vigoureusement î il ne voulait pas entendre parler, dit-il, d*en venir à des extrémités contre le chef du cx)rps des beys, avant d'avoir essayé des mesures pacifiques ; et lorsque je pris la liberté de lui dire qu'une telle conduite annoncerait an manque de courage^ il jeta un coup d*œil expressif, d'abord sur moi, ensuite sur un coin de la salle, et me dit d'un ton courroucé, que du moins il ne s'était jamais enfui d'aucun liea sous des vêtements de femme.
Encouragés par l'opinion d'un personnage si important ^ plusieurs autres à leur tour attaquèrent mon projet avec tout le courage de la lâcheté ; et la mesure la plus vigoureuse qui put obtenir l'assentiment de la majorité fut de sortir du Caire, de rassembler toutes nos forces dans le Koubbet-el-Haue, et de là d'envoyer un député à Ibrahim pour lui annoncer nos prétentions , et lui déclarer que , s'il ne nous accordait nos demandes, nous en viendrions à une rupture ouverte et immédiate. A cette pitoyable résolution, Suluïman déchira ses vêtements ; je levai les épaules, et le petit nombre de ceux qui avaient quel<que bon sens regardèrent l'affaire comme manquée.
D'après le plan qui venait d'être arrêté, dètt qu'on crut Mou radassez avancé dans sa roule vers le Sald, nous sorltmes de la capitale, nous nobs retranchâmes sous les murs de la ville , et nous députâmes vers Ibrahim , Saleh , le plus habile des kia-* chefs d' Ayoub, pour lui présenter la longue liste de nos plain* tes. Dans le premier instant, le scheîk-el-beled parut plus effrayé et plus disposé à nous accorder toutes nos demandes que je n'aurais osé TespiTer ; il était prêt à souscrire à tous nos désirs s il ne s'agissait, nous assura-l-il, que d'établir d'uhe manière bien claire quelles étaient nos prétentions. Ceux qui avaient insisté |K)ur qu'on adoptât des mesures pacifiques triomphaient alors ; mais la confiance qu'ils avaient en leur sagacité diminua peu à peu pendant le cours de cette négociation. La terreur panique du. chef sembla se calmer insensiblement ; il reprit as- ^z de résolution pour discuter nos demandes , et fit traîner TafTaire en longueur. Il finit cependant par nous accorder tout
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ce que nous désirions ; le traité fut rédigé : il dépêcha des messagers pour faire venir ceux de ses partisans qu*il devait nous livrer comme otages de son exécution, et nous n'attendions que leur arrivée pour entrer en triomphe dans la capitale et prendre possession du gouvernement.
Tout à coup, un bruit alarmant se répandit dans notre camp. Tandis que nous étions tranquillement près d'une des portes du Caire, Mourad, disait-on, venait d*y rentrer à la tête de son armée par celle qui était opposée. Cette nouvelle n'était que trop vraie. Informé de notre insurrection pendant sa marche, qui n'avait peut-être eu d'autre motif que de la déterminer prématurément , il était redescendu le long de la rive gauche du Nil, Tavait traversé à Gizé, et avait repris son poste au Caire avant que l'énorme circonférence de cette ville nous eût permis de recevoir le moindre avis de son retour précipité. Le messager qui devait nous amener les otages pour assurer l'exécution du traitéy fut le premier qui nous apporta la nouvelle authentique que toute laégociation était rompue. Ibrahim l'avait fait veuir en sa présence : « Allez dire h mes amis campés dans le Koubbet-el-Haue, » lui dit-il, « que, puisqu'ils ont pris la peiuede sortir volontairement du Caire, ils n'ont rien de mieux à faire que de tâcher de gagner la Haute-Egypte. Mon collègue iMourad est moins endurant que moi. »
Nous fûmes fort déconcertés, mais nous suivîmes l'avis du scheïk-el-beled. Nous levâmes le camp saus délai ; nous tournâmes à la hâte le mont Mokhadem, et nous marchâmes quatre jours sans nous arrêter, le long de la chaîne de montagnes dont il forme l'extrémité. La traversant alors , nous arrivâmes, dans la matinée du cinquième jour , sur les bords du Nil ; et, ayant passé ce fleuve, àous atteignîmes bientôt la ville de Minieh sur la rive occidentale.
Nous y fixâmes notre quartier-général , cette position nous donnant toutes les facilités possibles pour affamer la capitale en interceptant les convois de vivres qui lui étaient destinés. Pour contribuer autant que possible à ce louable dessein, je m'établis avec ma petite troupe dans le voisinage d'Asch-Mounin, où je trouvai bien des occasions de faire de bonnes captures et de montrer une grande impartialité. Il est vrai que les circonstances ne