‹ AnastaseChapitre 181 sur 407 · CHAPITBE VINGT ET UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITBE VINGT ET UNIÈME

Cependant, avant que la nuit nous eût entièrement couverts de son voile sombre, j'aperçus un chef ennemi, d*unc taille colossale, qui répandait la terreur parmi nos soldats. Une escorie nombreuse l'entourait. Je me jetai à bas de cheval ; rampant sur les genoux et sur les coudes, j'arrivai jusqu'à lui sans être vu , et , me relevant tout à coup , je lui portai sur la tête un coup de sabre qui lui fendit la joue. Un second coup aurait été celui de ma mort; je me rejetai à terre sur-le-champ, je passai sous le ventre de quelques chevaux, et, grâce aux ténèbres, je parvins à m'échapper. De grands cris annoncèrent, on ce moment, que Mourad (car c'était lui), venait d'être blessé, et son sang odieux , versé par ma main , fut le dernier événement du combat.

Notre principale crainte avait été qu'Ibrahim, apprenant que nous étions attaqués par Mourad, ne fit une sortie à la tête des troupes de la citadelle, et ne nous mît entre deux feux. Il n'en fit rien, probablement parce qu'il ne souhaitait pas que son collègue remportât une victoire trop complète. Mourad lui-» même, à qui sa blessure avait peut-être inspiré un peu de mo« dération, ne s'opposa plus à notre retraite, et entra daiis le Caire, tandis que nous rendions à la hâte les devoirs de la sépulture à nos morts les plus distingués. Nous continuâmes & marcher toute la nuit. Suleïman , qui souffrait beaucoup de sa blessure , fut transporté dans une litière, et je le suivis le bras en écharpe et le pied entouré de bandages, monté sur un cheval épuisé de fatigue. Combien je regrettai le beau coursier d'Assad que j'avais un instant regardé comme étant à moi ! Et coiDbien je regrettai plus amèrement encore de n'avoir pu le sacrifier lui-même à ma vengeance ! Majs la blessure que j'avais faite à Mourad, le sang qui en sortait, la cicatrice hideuse qu'il porterait tonte sa vie, c'était de quoi occuper agréablement mon imagination.

Plusieurs années s'étaient écoulées entre le premier combat auquel j'avais assisté et celui qui venait de se livrer. Dans tons deux on convint que j'avais montré quelque valeur; mais quelle différence entre les sentiments qui , en ces deux occasions, donnaient de la force à mon bras ! Dans la bataille contre les Arnautes , je n'écoutais qu'un vague désir de gloire, nne

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efTervescence de jeooesso qoi avait besoin de s*éi)aQcbcr; je combattais l'ennemi comme j'aurais chasaé un animal MUTsge ; aucun ressentiment personnel ne me guidait. Ici, au contraire, l'intérêt personnel, Tanimo^té, la soif de la vengeance, coudai-» saient mon bras et dirigeaient mes coups, et le sang qui sortait des veines, de l'ennemi que j'atais blessé semblait ajouter on nouvel aliment au feu qui circulait dans les miennes.

Précisément à l'instant où l'animosité qoi régnait entre les beys insurgés et les deux chefs du Caire était à son plus haot |M>int, où les deux partis avaient scellé de leur sang leur inimitié, où toute chance de réconciliation semblait être évanouie à jamais, ils furent rapprochés par une cause qui ne manque jamais de calmer les dissensions intestines, la crainte d'un ennemi ex^ térieur. Un bruit, portant l'empreinte de la vérité, se répandit tout à coup au Caire : qu'Hassan, capitan^pacha, faisait à Cons* tantihople d'immenses préparatifs pour rétablir Ismaîl dans la capitale de l'Egypte. I^es deux beys effrayés résolurent de faire faire des propositions de réconciliation à notre troupe fugitive. Leurs députés, n'ayant rien moins pour preuve de leur mission que la bague et le chapelet de Mourad, nous atteignirent, le sixième jour de notre marche, au milieu des montagnes. La seule condition mise à un oubli complet de tout le passé était le sacrifice de quelques-uns des plus fidèles partisans de nos beys, dont les dépouilles étaient nécessaires pour assouvir la rapacité des mamelucks du parti victorieux. Il était bien naturel qu'on en ftt une offrande à la paix, puisqu'il ne fallait que leur ruine pour assurer le rétablissement de l'harmonie.

J'étais un de ceux qu'il s'agissait de sacrifier. Suleîman demanda, à la vérité, qu'on m'accordât un autre gouvernement en place de celui qui allait m'étre retiré ; mais , soit que Mourad roe connût pour l'auteur de sa blessure, soit qu'il eût quelque autre motif d'inimitié contre moi, il s'y refusa péremptoirement. Mon beau-père finit donc, comme ont fini tant d'autre4i politiques, par céder aux circonstances. Il me déclara qu'il loi était impossible de résister aux instances de tous les autres beys, et je fus sommé d'abandonner mes possessions. Ainsi se réalisèrent les craintes que j*a?ais conçues eu perdant mon épouse.

Sule!man b'avait cédé, me disait-il, qu'à une forée supé-

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