CHAPITRE VINGT ET UiNlÈME
mitié trop profondément enracinée divisait les maisons de Maho* met et d*AIy. Ce n*était qu'après la bataille de iMokhadem qu'on avait songé sérieusement à s*unir d*iniérêt avec eux, et Ton oublia ce projet , attendu la réconciliation dont je fus victime. Ennemi alors de tous les partis qui divisaient la capitale, je fus bien reça par Jes deux beys de la Haute-Egypte. Je leur fis grand plaisir en leur confirmant la nouvelle des préparatifs que faisait le capitan-pacha , et je m'engageai à retourner au Caire avec Ismaîl. Craignant pourtant de passer , en dépit des apparences, pour un espion chargé de surveiller l'ancien scbe!ck-elbeled, je mis à sa disposition les maraeluoks qui me restaient , et, débarrassé de ce fardeau, je résolus de quitter FÉgypte jusqu'à ce qne le grand-amiral fût véritablement en chemin pour s'y rendre. Cependant , comme je possédais encore quelques effets précieux , je gardai le silence sur mon projet , de crainte que mes nouveaux amis ne s'emparassent de ma propriété pour conserver un souvenir de moi. Ayant fait quelques excursions dans les environs pour les sevrer peu à peu du plaisir de ma présence, j'entrepris enfin un plus long voyage. Par une nuit bien étoilée , comme on en voit beaucoup près des cataractes, je partis avec deux fidèles serviteurs montés comme moi sur un dromadaire, et je m'enfonçai un seconde fois dans le désert.
Je fis une marche forcée jusqu^à Gieneb. Le kiachef de cette place avait été autrefois mon ami; et, ce qui est digne d'être remarqué, c'est qu'il le fut encore lorsque j'arrivai chez lui en fugitif. Il me douna une lettre pour son lieulenant à Aïdab. J*eus à traverser les sables pour me rendre à ce port de mer, que les Francs nomment Cosseïr. J'y trouvai la rade pleine de zaîms ^ de Djedda frétés pour Suez , mais qui avaient laissé passer la saison favorable. J'en louai un pour traverser la lûer Rouge; et, disant adieu aux plaines de l'Egypte, à sa boue, à sa misère , à ses sauterelles , à ses lézards , adieu un peu forcé , je m'embarquai en poussant un profond soupir.
Le bâtiment était en mauvais état , et nous eûmes une tra^» versée difficile. Cependant, après avoir failli échouer sur chaque técif de corail que nous rencontrâmes , la Providence nous fit
!• Navires cmploycs à )a na>îgation de la mer Rouge.
278 MÉMOIRES D'UXÏ GHCIG.
eQtr«r dans le port de Djedda. En abordant sur le rivage d'À-^ raine, après avoir couru tant de périls par terre et par mer, je ne pu9 ni^eippêcher de m'écrier : « Mon pays natal m'a répudié, ma patrie adoptive me force à la fuir : ô sol étranger, sois un ami plus fidèle pour un voyageur errant I »
Un orage se formait en Egypte quand je Tavais quittée, et j'ai remercié le ciel plus d'une fois depuis ce temps de ne pa9 m*y être trouvé qiiand il éclata. Déjà , avant mon départ, la di" sette avait commencé à se montrer en bien des endroits, et, peu de temps après, la famine y déploya toutes ses horreurs. Telle fut, en dépit de tou9 les expédients auxquels put recourir la sagesse humaine, la fureur progressive de ce fléau, qti'enfia les scheiks et les autres ministres du culte, supposant que la Divinité était devenue sourde à leurs prières, ou se trouvait ir-^ ritée de leur présomption, n'osèrent plus implorer le ciel offeaié et ne s'adressèrent plus au Tout-Puissant que par rintercession de jeunes enfants , dans Tcspoir que la Providence accorderait k leurs innocentes prières ce qu'elle refusait aux cris de déses<« poir d'êtres endurcis dans le péché. Conduits par les imans au haut des minarets, les enfants de cinq à dix ans élevaient vi^rs le ciel leurs mains pures et leurs voix suppliantes ; et , taDdis que toute la population du Caire assemblée autour de ces édi^ fices sacrés gardait un triste et profond silence, eux seuls adressaient leurs prières à la miséricorde divine. Ils finirent même par ne plus la supplier d'accorder à leurs champs une fertilité qui ne pouvait plus sauver des milliers de malheureux que la fajm avait déjà condamnés aux horreurs d*une mort lerte; mais ils la^'conjui^aient de les délivrer du supplice d'une agonie prolongée en les frappant d'un nouveau fléau, la peste.
Cette humble requête fut exaucée. La peste suivit la famine, çt finit ce qu'elle avait commencé. Les hommes disparurent de la surface du pays , comme les ombres de la nuit devant les rayons de l'aurore. Pas hameaux , des villages et des villes virent périr jusqu'au dernier de leurs habitants. Les vivants ne suffisaient plus pour enterrer les morts. Des centaines de familles , qui étaient parties pour la Syrie afin d'échapper à la famine, furent atteintes par la peste au milieu de leur voyage, et leurs cadavres tracèrent leur route dans le désert. L'Egypte