‹ AnastaseChapitre 187 sur 407 · CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME. 2S · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME. 2S

emphatique : ■ Si vous voulez dire le célèbre sclieik Abpv-Salek Ibn-Mohammed Ibn-Âly £l-Djeddawe EUSchafeî \ scbeik de la mosquée fleurie , la crème des astrologues du siède < qui s'eiitreiient familièrement avec les astres el pour qui la luàe même n'a point de secrets, vous êtes devant lui. »

— « £h bien , votre astrologie peut-elle me dire qui je suis , d*oû je viens, où je vais, et si je recouvrerai ce que j'ai perdu?

— a Doucement , jeune homme ,- doucement I Vous accumulez des questions dont chacune demanderait un an pour y répondre. D'ailleurs, je ne suis pas un prophète; je ne suis que l'humble interprèle des astres. Il est vrai que mes vastes connaissances me mettent à portée de comprendre leur langage aussi clairement que ma langue naturelle, et c'est par là que je connais le passé, le présent et l'avenir. Je puis donc« si VOU8 le voulez , voir, en ouvrant au hasard le livre saint , de quelle manière les corps célestes veulent être interrogés. »

J'y consentis; et le savant, ayant fait ses ablutions, mur* mura une ou deux prières » et ouvrit ensuite le koran avec solennité.

« Mon fils, » dit-il après en ayoir parcouru une page» « l'admirable et important chapitre sur lequel la providence a dirigé les yeux de son serviteur est celui qui traite de la balance Wezn '; cela prouve de la manière la plus évidente que... Mais avant d'aller plus loin , que me donnerez- vous 7 »

« Deux piastres , 9 répondis-je ^ et je croyais cette récompense bien suffisante ; mais le sorcier ne pensa pas de mémei La plus grande insulte n'aurait pu lui causer pins de rage. « Deux piastres ! » s'écria-t-il : « Quoi ! dans un temps où le monde est tellement renversé qu'on ne sait si l'on marche sur les pieds ou sur la tête , quand les femmes font la guerre et que les rois sont philosophes, quand les grands-prêtres courent les champs , et que le grand-lama du Thibet et le pape de Rome prennent la poste pour se rendre, l'un à Pékin et l'au-

1. l/iisaf;c drs hoiiinie» (le Iciires, on Arabie, esl de prendre nne fuule de surnoms, d'après la moindre circonstance qui peut y donner lien.

2. Balance dans laquelle , tnlvant le korah , toni pesées les lionnes bt mau^ vaises actions des hommes.

tre à Vienne , m'oiïrir un si misérable salaire ! c'est une absurdité, une insolence, une infamie! »

Je laissai calmer la colère de l'astrologue ; après quoi, le fil de la négociation s*éiant renoué , il fut contenu que ma destinée me serait révélée deux jours après, moyennant deux sequins.

Je retournai chez lui le jour indiqué , mais je ne trouvai pas scheîk Aly, comme de coutume, dans ses méditations solitaires. Il était entouré d'un nombreux cercle de curieux, et accablait de ses injures un pauvre diable, de manière à terrifier tous les autres, et à leur faire redouter pour eux- mêmes que leur propre bonne aventure , sur laquelle ils venaient le consulter, n'en fût toute troublée.

« Misérable , disait-il , s'adresser à moi pour un charme propre à nettoyer ta maison des vils animaux qui l'infectent, comme si j'étais associé avec des vipères et des scorpions ! Va t'adresser aux santons errants qui fréquentent les carrefours, et n'aie plus l'audace de t'adresser jamais à un homme que les cieux eux-mêmes traitent avec vénération. » Le paysan, effrayé, se retira bien vite , et le reste de l'assemblée s'approcha pour recevoir de lui avec respect les prescriptions dévotes et merveilleuses qui n'ont besoin que d'être tenues toujours scellées pour procurer à celui qui les porte toute sorte de bénédictions.

Après les avoir tous congédiés , il se tourna vers moi : « J'ai fait votre affaire ^ » me dit-il en me remettant un chiffon de parchemin malpropre , « mais ce n'a pas été sans difficulté. Je ne conçois pas ce que vous avez fait aux astres. Il m'en a coûté le travail de toute une nuit pour les forcer à s'expliquer. Au lieu de deux sequins , vous devriez m'en donner deux douzaines. »

Ayant parcouru son griffonnage : « Vous n'aurez pas uft seul aspre , » lui dis-je en le lui jelanl à la figure. « Le commencement m'annonce que je vivrai vieux , à moins que je ne meure jeune , et que je mourrai garçon , à moins que je ne me marie; et, quant à la fin , je n'y trotivc aucun sens. •

0 Elle a un grand sens , réplique-t-il en grinçant des dents comme un afeiti ^ ; il annonce que vous serez pendu ! «

/. Démon, nisiivnls ange.

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