CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME
0 II annonce donc aussi , » répondis-je d'un air très-caloïc , « que TOUS D*aurez pas de moi un para. Car, si je ne suis pas pendu , je ne tous dois rien , puisque vous ne m'avez pas dit la vérité ; et si je dois l*être , autant vaut que je garde mon argent. Mais je dois vous prouver ma reconnaissance d'une autre manière. » À ces mots, prenant le manche d'un vieux balai qui se trouva fort à propos sous ma main, je lui en frottai les épaules, sans ménager celles du jeune apprenti qui avait voulu venir au secours de son maître. Mon commerce avec les astres étant ainsi terminé , je sortis en riant de la colère du sorcier, qui me menaçait tour h tour de la vengeance des cons« tellations célestes et de la justice du cadi.
Je ne crus pas devoir faire un mystère à Maie k de la manière dont j'avais traité son astrologue. Il en parut mécontent, et notre amitié commença h se refroidir. Heureusement le temps de la fête approchait, et je retournai à La Mecque pour y voir arriver les pèlerins.
J'avais vu au Caire le départ de cette caravane du Birket-el- Hadj *, et c'était une espèce de fête publique. Pendant toute la nuit qui le précéda, le camp illuminé par des millions de lampes, retentissant des sons de mille instruments de musique, semblait le séjour du plaisir et de la gaieté ; et, le lendemain matin, les pèlerins' frais , dispos, pleins d'ardeur, ressemblaient à une procession d'élus allant prendre possession du paradis.
Quelle différence offrait cette même caravane, lorsque je la vis entrer à La Mecque après une marche longue et pénible à travers le désert ! Pâles, faibles, épuisés 'de fatigue et de soif, couverts d'une couche épaisse de poussière et de sueur , ceux qui la composaient paraissaient à peine avoir la force de gagner le lieu de leur destination. La fin de leur voyage semblait être celle de leur existence, et l'on aurait dit que le génie du désert, ayant retenu leurs corps, n'avait envoyé que leurs spectres pour s'acquitter de leurs vœux.
Il se trouvait parmi eux quelques-uns de mes amis d'Egypte; mais ils étaient si changés, qu'ils furent obligés de oie dire leurs
I. Lnc voisin du Cuire, sur k's bords diuju<-l se rassemhlciii les pèlerins pariant pour La Mecque.
noms pour que je passe les reconnaître. L'un avait presque perdu ]a vue; l'autre avait à peine conservé quelque chose du peu de bon sens qu'il avait ; et un troisième, par suite des alarmes continuelles qu'il avait éprouvées en route, était attaqué de mouvements spasmodiques si fréquents, qu'il se croyait obligé de se tenir la tête par les deux oreilles, de crainte qu'elle ne tonrnât sur ses épaules comme une girouette.
La sainte maison de La Mecque est à celle de Lorette ce qae le caracière des musulmans est k celui des Francs» Chacun sait que ta ganta casa est d'un naturel volage et remuant, et qu'elle a changé de place une demi-douzaine de fois , avant de se fixer définitivement dans l'endroit qu'elle occupe aujourd'hui. La Kaaba, au contraire, est d'un caractère constant et solide; et, depuis le jour que les anges la placèrent où on la voit, elle n'a jamais montré la moindre envie de changer de place. En conséquence, Mahomet lui-même n'osa pas attaquer sa réputation bien établie. Elle sut se maintenir sur son terrain, en dépit de sa réforme, et elle est encore aujourd'hui le principal objet de la vénération des croyants.
Je fis sept foisprocessionnellement le tour de cet édifice sacré, et je baisai sept fois la pierre noire que l'ange Gabriel apporta du paradis, je ne sais à quelle époque, et qui figure à l'angle du sud-ouest. J'allai ensuite dans la vallée* de Menah renoncer à Satan et à ses œuvres, en jetant une pierre par-dessus mon épaule gauche, et je n^oubliai pas de remplir une cruche de l'eau saomâtre du puits Zemzem pour étancher la soif de mon âme. Mais ce que je prisai par*dessus tout, ce fut un brin du balai qui avait servi à 'nettoyer le tabernacle, et que j'achetai du schérif de La Mecque, pour balayer toutes les impuretés de Tâmet 8'il en resta quelqu'une dans la mienne, ce talisman ne fit donc pas son devoir*
Mes affaires spirituelles étant terminées , je pensai aux temporelles, et je fis un échange de quelques objets que j'avais apportés d'Egypte, contre des marchandises qui me convenaient mieux. On ne doit pas ignorer que les fêtes de la Kaaba se terminent par uue foire qui se tient dans les tentes innombrables qui Tentourent comme une ceinture, et qui attire des marchands des extrémilés les plus éloignées de l'ancien hémisphère ; c'est