CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME. M
ainsi que les richesses de Alammon servent à entretenir le temple du Seigneur,
De La Mecque je noe rendis avec les autres pèlerins h Médjne, ville un peu moins sainte, mais beaucoup plus agréable. Là, toujours attentif à faire des actes religieux » je marchandai un petit fragment de la frange qui avait orné la tombe du prophète, mais on eut assez peu de conscience pour m'en demander un prix que je n'aurais pas donné pour les deux dents de Mahomet qu'on garde précieusement dans le trésor de Constantjnople. Je partis donc pour Damas, sans frange, avec la principale division de la caravane, conduite par le fameux mécréant Dje^zar S pacha d'Acre.
Aucun événement extraordinaire ne marqua, cette année, le retour des hadgis vers leur patrie ; car je ne compte pas comme telle la mort d'une centaine de chameaux qui périssaient de fatigue chaque jour, au grand regret du scheïk de Sardieh qui les fournissait, et <i la grande satisfaction de ses loyaux sujets qui se nourrissaient de leur chair ; ni celle des milliers de pèle* rins qui rendirent Tâme par suite de la même cause, sans inspirer de regret à personne , et au contentement inexprimable du pacha , conducteur de la caravane , qui héritait de tout ce qu'ils possédaient.
Je remarquai que la mortalité semblait attaquer par prédilection les plus riches pèlerins; et, comme j'avais encore quelques effets précieux, je pris le plus graud soin de ma santé pendant tout le voyage. Je ne touchai à aucun ragoût , je m'abstins de toute liqueur fermeutée, je me contentai de la nourriture la plus simple, et je ne bus que de l'eau, même quand elle était bourbeuse. Grâce h ce régime de précaution, j'échappai, iMeumerci ! aux suites fâcheuses de ce voyage. Mais une tache encore plus difficile â mon avis, c'était d'éviter les attentions fatigantes des gardes bosniaques ^ de l'émir Hadgi. Us étaient chargés de protéger les propriétés des pèlerins, et il faut leur rendre la justice de dire qu'ils en mettaient efficacement une
1. CVst celui que les Anglais ont eu à protéger contre te général Bonn*' parte.
2. Qatiques pactias tores ont pour gardes de« Bointaqucs connue d'autres ont ries Albanais ou des K.ourdes»«
bonne partie à l'abri des voleurs. Un delli-bachi ' du pacha montrait surtout tant de sollicitude pour mon bagage, qu'il en aurait tiré nombre d'échantillons , sj je ne lui avais recommandé, comme plus dignes de son attention, les chameaux d'un riche Turc , qui , étant pesamment chargés , avaient certainement besoin d'être soulagés d'une partie du poids qu'ils portaient.
Le seul de mes compagnons en qui j'eusse confiance était comme moi Grec de naissance, et, comme moi, avait embrassé par choix l'islamisme, mais avec celte différence que le désir de la vengeance avait été le niotif qui l'y avait déterminé. Maltraité par un musulman, il avait embrassé la religion mabomctane pour pouvoir lui rendre avec usure ce qu'il en avait reçu. Dès qu'il put acquitter sa dette sans blesser l'étiquette, il la paya d'une telle manière que jamais son créancier n'ouvrit la J30uche pour s'en plaindre. Dans l'jnlention, disait-il, défaire pénitence de cette vivacité, ou plutôt, à ce que je crois, pour s'éloigner de la scène de cet exploit , il entreprit le pèlerinage de La Mecque. De Chypre, lieu de sa naissance, il s'embarqua pour Jaiïa, passa de Jaiïa à Suez, et se mit ensuite à bord d'une flottille d'hadgis qui se rendaient à Djedda. « Dans cette dernière traversée, » me dit-il, « nous étions tellement serrés que nous n'avions pas assez de place pour nous coucher, et nos bâtiments étaient si mauvais que nous nous attendions à les voir se briser contre chaque récif de corail que nos ignorants matelots ne savaient comment éviter. J'ignore si je fus sauvé de ce péril par la protection de la sainte Vierge ou de Mahomet; car, de peur de me tromper, je les inyoquai tous deux. Mais ce que je sais, c'est qu'en mettant le pied sur le rivage, je fis vœu de ne plus exposer ma personne sur la mer, et j*ai conçu une telle horreur pour l'eau que, quoique bon musulman et hadgi pardessus le marché, je puis à peine me résoudre à boire autre chose que du vin. »
Mon ami Mahmoud était pourtant destiné à apprécier aussi les douceurs d'un voyage par terre, lorsqu'après trois semaines passées dans les sables brûlants de l'Arabie, la fatigue et la chaleur eurent fait périr le quart de notre caravane. Maigri au
/. OfVrier des dcllis.