CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME
I)oint d'être devenu presque transparent , il fit alors serinent qu'il s'exposerait plus volontiers nu danger d*être englouti en un instant sous les vagues de la mer, qu'à celui de se voir rcduire.pouce à pouce à l'état de momie.
La scène changea lorsque nous entrâmes dans le pachalick de Damas, et chaque jour améliorait notre condition. Nous reçûmes d'abord des provisions fraîches de Trablous, ensuite le convoi de la Palestine; et, quand nous fûmes arrivés dans les plaines fertiles d'Hauran, il me sembla que je sortais des entrailles brûlantes de l'enfer pour entrer dans les bosquets fleuris de l'Elysée. Au surplus, les privations d'un long voyage ne sont pas nécessaires pour faire de Damas un véritable paradis. Des arbres fruitiers de toute espèce eu entourent les murailles ; des fontaines limpides en embellissent toutes les habitations ; et je fus tellement enchanté de toutes les beautés animées et inanimées, des conserves exquises, des sorbets délicieux que cette ville offrit à mes yeux et à mon palais, que je résolus d'y séjourner jusqu'à ce que j'apprisse des nouvelles de l'expédition du capitan-pacha ; et, quoique quarante mille hadgis fussent entrés dans Damas et en fussent sortis sous mes yeux dans l'espace de trois semaines, je ne fus nullement tenté de les suivre. Mais j'avais compté sans mon hôte, c'est-à-dire sans Djezzar- Pacha.
Un vendredi matin , comme je sortais de la mosquée où la dévotion m'avait conduit, mon œil se fixa sur une de ces créatures célestes qu'on trouve dans toutes les grandes villes, et qui, se chargeant d'avance des fonctions attribuées aux houris dans le paradis de Mahomet, ne se refusent pas à faire luire un ravon de bonheur sur l'existence d'un mortel. Malheureusement, dans mon empressement pour la voir de plus près, j'oubliai les objets moins attrayants qui se trotivaient plus rapprochés de moi. De ce nombre était un petit homme qui, montant les degrés de la mosquée en même temps que je les descendais précipitamment, était tellement au-dessous de la ligne visuelle qui, partant de mes yeux , allait se terminer à ceux de la belle houri , que je ne m'aperçus de sa présence que lorsque je me trouvai en contact avec lui, et je le heurtai avec tant de violence qu'il en fut renversé. Il est vrai que j'eus la présence d'esprit
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do le saisir entre nés bras,- et que, lui faisant faire uue pirouette, j*«tmortis la force du coup et le laissai étendu sur les marches, sans qu'il se fût fait le moindre mal.
J'oubliai Tcnchanteresse, cause de ma distraction, pour examiner quel était Thomme dont j'avais ainsi disposé de la manière la moins désagréable qu'il m'avait été possible. Il était vêtu à la turque ; mais il était évident, à la manière dont il portait ses vêtements, que c'était un voyageur franc qui avait pris ce déguisement pour jeter un coup d'oeil à la dérobée sur une mosquée connue dans tout l'empire pour être soigneusement fermée aux infidèles, et qui sans doute ne s'attendait pas à recevoir de la Providence une telle punition de sa curiosité.
Je me suis toujours piqué d'être honnête, surtout à l'égard des étrangers; et je voulais l'être encore davantage pour an homme qui, à son retour dans le Frankestan, pouvait y pu'ler de moi. Voyant donc que le voyageur ne se relevait pas, je crus devoir lui en éviter la peine ; et, passant un bras sous ses cuisses et l'autre autour de son corps, je l'enlevai de terre et le mis droit sur ses jambes, le visage tourné vers la mosquée.
Par un étrange travers d'esprit, après avoir supporté sans colère l'accident qui l'avait renversé, il prit pour un affront la coin|>laisance que j'eus de le remettre sur ses pieds. Peut-être se sentait il humilié par la différence entre sa taille et ma vigueur, dont je venais de lui donner une preuve. Quoi qu'il eu soit, au lieu de me faire des remercîments , il se mit à vomir contre UYoi un torrent d'injures. Il est vrai que c'était^en allemand (|u'il me prodiguait les épithètes dont il m'honorait; mais j'avais appris à Péra les principales expressions qui forment le fond de cette langue, et j'entendais parfaitement les éloges doBtil me comblait Le service que je lui avais rendu était une doi»« tion gratuite de ma part, et il me parut que son ingratitude m'autorisait à la révoquer. l\lè rapprochant donc de lui, je le repris dans mes bras et le replaçai dans la situation dont Je l'avais tiré, en lui demandant pardon de l'avoir aidé à changer de position. Il y a, ou il y avait, à Damas un hospice latin, toléré, je m'imagine, par le pacha, à cause d'un de ses moines, le père Giacomo, grand favori de Djezzar |)ar des raisons, diâMcnt les babiUnis de Dan\as, UéesVV^c\fô^^\^\i\&%ift« Ce mohie avait