‹ AnastaseChapitre 203 sur 407 · Scutari · texte numérisé non relu

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30g MÉMOIRES D*UN GREC.

vœux de ]a reconnaissance sont enregistrés dans le ciel, et les démons seuls s'occupent à les effacer. Celui qui s'éloigne de toi en ce moment t'a sauvé la vie dans un temps qui semble oublié. Ton père t'a fait promettre alors de le regarder et de le traiter comme un frère. Aujourd'hui, il a sauvé tes jours une seconde fois, et les siens sont menacés par suite du service qu'il l'a rendu. Pars donc, et ne laisse pas errer ton frère dans le moade, sans ami, sans appui et sans protection. »

« L'ombre chérie cessa de parler. Je voulus lui répondre, mais il me fut impossible de prononcer une parole, ni même de faire un geste. Un poids inexprimable m'oppressait la poitrine, et je n'étais qu'une statue de pierre. La vision disparut, je me sentis maître de mes mouvements, et, me levant aussitôt, je ne songeai plus qu'à obéir. »

« Quoi ! Spiridion , » m'écriai-je en le regardant d'un air étonné, « est-ce bien vous , vous que je croyais inaccessible à de vaines superstitions, qui vous laissez abuser par un songe, et qui prenez pour la voix du ciel les illusions du cauchemar? Songez donc que de vous dépendent le bonheur d'un tendre père et la conservation d'une illustre famille ; que les honneurs et les richesses du monde vous attendent, tandis que je suis no malheureux sans fortune , sans réputation , abandonné par sa famille, et proscrit par les lois de son pays? Que peut-il y avoir de commun entre votre destinée et la mienne? Bien loin de vouloir partager mon destin, vous devez fuir ma société con^me vous fuiriez la peste, et éviter la contagion de ma présence. Je ne puis souffrir que les tourments de mon ami aggravent le poids des fautes déjà accumulées sur ma tête ; je dois vous conjurer de vous rappeler le souvenir d'un père qui, en ce moment, verse des larmes sur votre départ, et vous supplier d'oublier à jamais le misérable Anastase. o

« Cruel ami, » dit Spiridion, « à quoi bon me parler du monde? Me suis-je jamais laissé séduire par ses appâts? Ai je

jamais désiré ses distinctions ? Il est vrai que mon père

Mais n'est-ce pas lui qui a exigé de moi le serment solennel de

vous regarder toujours comme un frère? Que l'ombre dénia

mère se soit réellement montrée à moi , ou que ce soit l'effet

^'une imagination exalièo , \\\ou devoir ne m'en est pas moins

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