CHAPITRE XXVI
11 arrive à Mitylèiie. — 11 apprend la mort de son père. — 11 part pourChios
avec Spiridion.
Après un voyage de trois ou quatre jours le long des côtes, nous entraînes dans le plus beau des havres , celui de Porl- Caloné, dans l'île de Mitylène * , où l'olivier, croissant presque jusque dans la mer, trempe ses rameaux flexibles dans la marée qui vient baigner ses racines. « S'il n'eût été écrit, » m'écriaijè en mettant le pied sur le rivage, « que mon cerveau serait appesanti par la chaleur sous un lourd turban, au lieu d'en laisser évaporer le superflu sous un léger bonnet , quelle belle occasion s'offrirait pour moi , maintenant que nous voilà préciscmeni à mi-chemin entre les trois cents riches frères de Nea-Monin^ et les trois mille pauvres frères d'Hagio-Oros *, de prendre le froc moi-même, et de changer la prodigalité inconsidérée du pécheur qui joue son bonheur éternel contre quelques années de plaisir pour la conduite mieux calculée du saint qui s'inflige en cette vie la mesure de privations et de tortures indispensable pour acheter une félicité sans fin! ou, s'il eût été écrit que vous porteriez le turban comme moi , nous pourrions nous occuper à nous taillader les bras et les jambes pour mêler notre sang , nous lier ainsi l'un à l'autre, et être sûrs de ne nous quitter ni pendant cette vie ni après la mort! Mais comme mon crâne est couvert de mousseline et le vôtre de peau de mouton , il faut que nos âmes, quand elles seront séparées de nos corps, prennent, bon gré mal gré, des routes