CHAPITRE VINOT-SIXIÈME
Turcs aussi bien qu'aux chrétiens, quoiqu'on dise que c*est un badgi , et qu'il a fail le voyage de La Mecque. Mais il n'y a pas dedauger, selon moi, qu'il vienne jamais à Gbios, car je parierais qu'il est mort depuis long- temps, o
« Non , » m'écriai-]e en lui serrant fortement le poignet , » non, il n'est pas mon! £t, puisque vous allez à Cbios, annoncez-y qu'Anastase \it encore; qu'on l'y verra bientôt; qu'il y Tiendra pour se venger de ses ennemis, et faire valoir ses droiis à la succession de son père. »
Spiridion , effrayé de cet emportement , prit l'étranger par la main gauche , tandis que je le tenais toujours par la droite , et lui fit voir ses bateliers qui s'impatientaient. Celui-ci , qui lie désirait rien tant que de «'éloigner de moi, fit un effort pour dégager sa main de la mienne, et, y étant parvenu , nous fit ses adieux à la hâte , et s'embarqua.
Dès qu'il fut parti : « Sont-ce là , » me dit Spiridion , « les regrets que la perte d'un père doit inspirer à un fils? »
« Mes frères I mes frères ! » Tels furent les seuls mots qu'il nie fut possible de prononcer. Spiridion laissa passer ce premier mouvement d'agitation ; et , quand il ine vit plus calme , il me parla en ces termes :
« Je vois, Anastase, que vous méditez encore quelque coup de tête : je ne sais ni ne désire savoir quels sont vos projets ; oiais je dois vous prévenir que si , sentant combien vous avez vous-même besoin d'indulgence, vous, en montrez à vos patents ; si vous leur pardonnez les injures qu'ils vous ont faites ; si vous ne paraissez dans votre famille que pour y porter des paroles de paix ; si surtout vous renoncez aux avantages que vous donnent les lois partiales des musulmans ; par une telle conduite, tous tous assurerez mon amitié' pour toujours, et vous lierez mon destin au vôtre par des nœuds que la mort seule pourra rompre. Mais si au contraire vous ne retournez dans votre pays que pour insulter aux cendres de votre père , pour dévorer la petite fortune de vos frères , pour justifier la manière dont on parle de vous dans votre pays natal , je reste ici, je vous laisse courir seul votre carrière de honte, et je cesse pour toujours de prendre intérêt à ce qui vous concerne. »
— « Vous savez , Spiridion , si la cupidité a jamaÀ^ k\k tosssk
défaut. Mais blâmez-vous un juste ressentiment? désirez-Tous que la calomnie reste impunie ? »
— « Etes-votts donc asaez irréprochable, Ânastase, pour que quelques propos, peu flatteprs sans doute, tous paraisseat une injuilice insupportable? Quoi qu*il en soit , promettez-moi ce que je vous demande , ou trouvez bon que je ne m*eipose pas au chagrin de vous voir commettre de nouvelles (autes, et à la honte de paraître les partager. »
— « Je ne veux me lier par aucune promesse, Spiridioa; je paraîtrais avoir contracté un engagement sans en conoahre tonte retendue , et ne le remplir qu'à regret pour ne pas mnr qoer à ma parole. Je veux du moins avoir tout le mérite d'une bonne action , en me réservant le droit de ne pas la faire. SuivezHfnoi seulement jusqu'à €hios. Là , si ma conduite n'est pas telle que vous le désirez, vous serez toujours le maître de me quitter. »
L'air et le ton dont je pr<M)onçai ces paroles insfNrèrent de là confiance à Spiridion. <« Je vous suivrai , • me dit-il en me serrant la main , « mais n'oubliez pas ce que je vous ai dit. >
Je jetai alors des cendres sur mon turban : je pris tous le§ signes du deuil; et, ayant loué une barque, nous s^rivâmeses peu de temps an lieu de notre destination.
Je n'eus pas besoin d'annoncer mon retour à Chios : ma prodiaine arrivée y faisait le sujet umque des conversations. Déjà mes frères avaient trouvé le moyen d'ameuter toute la viiie contre ukm , et chaque habitant était prêt à prendre les ariueci pour empêcher le r^iégat de réduire à la mendicité ses plo^ proches parents. Je n'entendis , en mettant le pied sur le rivage , qu'injures et menaces, et je pensai que la prudence eiigeait que je me rendisse directement au mekkiémé. N'ayant rien à craindre dans la salle de justice du cadi, je le priai de mander mes freines devant lui.
Spiridion ne savait ce qu'il devait penser de cette deioande* Ses yeux mien^ogeaient les miens, mais je lui fis signe de garder le silence; et, quoiqu^il y condamnât ses lèvres, il était aisé de voir q«e son cœur flottait entre la crainte et Tespérance.
Quant à moi, sans laisser pénétrer mes iateniions, sans MÏnqttiéter de la foute qui s'était amassée pour voir ce que