CHAPITRE VINGT-SIXIÈME
cause de son trouble. Enfin , me pressant les bras : « Nous sommes découverts , » s'écria-t-il : « Yoyez ; voilà Marco qui vient à nous. «C'était Tintendant de son père, un vieux et fidèle serviteur. « Allons h sa rencontre, » ajouta-t-il; « je n*ai rien fait dont je doive rougir. »
Marco doubla le pas pour joindre son jeune maître , et , après l'avoir salué respectueusement, lui présenta une lettre de son père.
Spiridion rompit le cachet d*une main tremblante, lut la lettre, réfléchit quelques instants et la relut encore. Enfin, tâchant de s'exprimer avec plus de caime qu'il n*en éprouvait véritablement : « Marco, » lui dit-il, a vous aviez ordre de me chercher et de me remettre celte lettre. Vous vous êtes acquitté de votre coramibsion. J*ai déjà écrit à mon père de Rodosto; mais je vous chargerai d'une seconde lettre, pour lui annoncer que le frère adoptif qu'il a confié à mes soins s'est rendu digne de toute sa tendresse , et qu'il ne lui manque , ainsi qu'à moi , que sa bénédiction. »
« Mes ordres vont plus loin que vous ne le pensez, » répondit i\]arco avec une fermeté respectueuse. « Je suis porteur de lettres pour les despotes et les procsti ^ de nos différentes îles , et chargé de vous reconduire chez votre père. Mais, quand même je n'en aurais pas reçu l'ordre , pourrais-je me résoudre à me remontrer à ses yeux sans lui ramener le fils qui fait l'objet de ses vifs regrets? Ah ! si vous pouviez en être témoin ! Sa vie semble ne tenir qu'à un Ci\ ; et ce fil se romprait s'il me voyait revenir seul. «
tt licoutezmoi, Marco, » répondit Spiridion avec un ^r thousiasmc qui touchait au délire , « mon pèie m'a confié u«^ mission qui ne peut se révoquer à volonté. Le ciel en a été témoin ; les anges l'ont inscrite au livre de vie ; c'est d'après ses ordres , c'est pour remplir mes promesses , que je me suis chargé de cette lâche. Lé succès a répondu à mes désirs, mais je ne puis laisser celte œuvre imparfaite; les fautes d'un frère, ù la fin des temps, retomberaient sur ma tète. Si vous ne me pressez pas davantage, si vous retournez à Kandiily avec la lettre que je vous donnerai pour mon père , je vous promets ,
\, \»fis évoques et les primais,
snr mon honncor, que tout se terminera à sa sAtisfaction : mais, si vous insistez sur Texécution de tos ordres, au lien d*un homme perdu il y en aura deux , car vous me forcerez à entrer dans h première mosquée pour me soustraire à voire autorité, et c'est vous qui aurez à répondre de la perte de mon âme. n
« Je gémis, » répliqua le fidèle serviteur, « de la nialheureuse issue de ma mission. Bien des années ai-je vécu sous votre toit hospitalier, bien des heures vous ai-je tenu daos mes bras, à votre naissance, dès vos premières années, et jusqu'à ce que se terminât votre enfance , et jamais , depuis le jour où pour la première fois vos lèvres murmurèrent les premières impressions de votre cœur affectueux jusqu'au jour où vous quittâtes la maison de votre père, vous n*avez manqué à Teié* cution d'une seule promesse. Les paroles de Spiridion ont toujours été des paroles de vérité. Je me soumets donc , je m'en retourne seul ; mais j'espère au moins que vous daignerez roe rendre porteur de quelques lignes de consolation écrites de votre bien-aimée main. »
Spiridion courut aussitôt à la maison .pour obéir à la requête de Marco , ce qu'il avait d'ailleurs résolu de faire , par respect pour son père , avant qu'il le lui demandât. Resté seul avec Marco, je demandai au vieil intendant des nouvelles de Kaodilly ; elles étaient plus satisfaisantes que je ne l'espérais.
Lorsque , dans la matinée qui suivit mon départ , on trouva le fils du capidgi dormant du dernier sommeil dans^le lieu de repos où je l'avais placé , personne ne me soupçonna d'être celui à qui le public avait cette obligation. Il s'était fait beaucoup d'ennemis par sa conduite insolente ; et comme , depuis quelques jours, plusieurs querelles suscitées par lui avaient fait beaucoup de bruit, les soupçons ne s'arrêtèrent sur personne en particulier; on convint même généralement que, bien loin de poursuivre celui qui avait pris la peine de débarrasser la société d'un misérable qui en était la peste, on devait, au contraire, lui en savoir gré. Quant à mon départ précipité, on l'avait attribué charitablement à rempressemcnt que devait avoir un aventurier d'aller disputer une riche succession à ses eehériliers.