‹ AnastaseChapitre 210 sur 407 · CHAPITRE VlNGT-SlXltME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VlNGT-SlXltME

Ces détails me reodaient la liberté de retourner à CoQstaatir nople quand je le voudrais, et je m'empressai de les apprendre à Spiridion ; il en fut enchanté , et termina 9a leitre en assu-» rant son père, qu*au lieu d'un fils il lui en ramènerait bientôt deux. Le vieux Marco partit avec cette assurance, et je ne songeai plus qu'il régler avec mes frères les affaires de la succession.

Si j'eusse recueilli sans difficulté Théritage de mon père , je me serais livré davantage au chagrin que m'inspirait sa perte, Moû cœur était véritablement en proie à rafQiction , et j'avais toujours devant les yeux mon pauvre père étendu sur son lit de mort, désirant revoir son Anastase, lui pardonner, et mourir dans ses bras ; je me le représentais ulcéré jusqu'au fond de l'âme par les rapports exagérés qu'on lui faisait de mon iacondoite , lorsqu'on seul mot de sa part aurait suffi pour me faire accourir des extrémités du monde , dans l'unique espoir d'obtenir sa bénédiction. Mais si les affaires sont par ellesmômes un remède à la douleur, les querelles injustes et les mauvaises difficultés dont on cherche h les hérisser chassent la mélancolie d'une manière encore bien plus sûre , el mes aimables frères eurent soin de m'ouvrir cette source de consolaiion. Du moment que ma renonciation formelle à mes droits ne leur laissa rien ii craindre ni à désirer, ils ne se donnèrent plus la peine de cacher leur ancieime animosité. Non-seulement ils me suscitèrent à chaque pas des difficultés mal fondées , et em* ployèrent la ruse et l'astuce pour me chicaner sur la moindre bagatelle, afin d'augmenter à mes dé|)ens leur portion dans les biens de mon père; mais ils cherchèrent même à me priver du peu de mérite que je pouvais avoir, en disant hautement que je n'avais agi ainsi que par pusillanimité, et que j'en avais sacrifié une partie pour m'assurer le surplus. Co; siantin faisait toujours naître toutes les altercations, lilustathe, plus indolent, se contentait d'approuver lout ce que son fcère jugeait à propos de faire ; et ce n'était qu'à Constantin qu'il accprdait le nom de frère.

Ce fut ainsii que mes anciennes blessures se rouvrirent et saignèrent de nouveau. Spiridion voulut en vain jouer le rôle de médiateur entre nous; il n'y gagna que des sarcasmes de la part de mes frères et des reproches de Ja mienne : « Pourquoi « »

lui disais-je, « avait-il exigé que je traitasse avec bouté des frères dénaturés ? Pourquoi n'avait-il pas voulu qu'ils subissent le sort qu'ils méritaient ? »

£t cependant, malgré ces murmures, je contenais mon indignation jusqu'à un certain point, non par suite d'une véritable modération, mais pour qu'un excès de patience de ma part engageât mes deux advei*saires à redoubler encore de mauvais procédés envers moi, à mettre le comble à leurs injustices, et à justifier ainsi aux yeux du monde tout ce que pourrait m'inspirer un ressentiment légitime. Cette époque ne paraissait pas éloignée. Soit qu'ils crussent m'avoir absolument dompté par leur ton impérieux, soit qu'ils fussent aveuglés par l'ivresse de la brutalité, ils cessèrent peu à peu de mettre la moindre décence dans leur conduite à mon égard. Plus je montrais de calme et de sang-froid, plus leurs insultes devenaient marquées et grossières.

Chacun admirait ma patience , chacun était surpris de me voir supporter avec tant de sang-froid les outrages et les sarcasmes, me contentant de lever les yeux au ciel, comme un martyr au milieu de ses bourreaux. Ceux même qui connaissaient le moins mon caractère irascible me citaient comme un modèle parfait de modération. Spiridion seul, dont l'œil attentif et vigilant savait lire jusqu'au fond de mon âme, ne s'y laissa pas tromper. Un jour que Constantin avait porté plus loin que jamais son insolence habituelle et que je n'y avais opposé qu'un sang froid imperturbable, je vis mon ami témoigner, par un mouvement de tête presque imperceptible, que mon air de tranquillité ne lui en imposait pas. Je comprenais trop bien ses soupçons pour ne lui en pas parler : « Que craignez-vous? » lui dis-je dès que nous nous trouvâmes seuls, « ne voyez-voos pas que je méprise leur bassesse? • — «Ah! » répondit-il en soupirant ; « le sourire est sur vos lèvres, mais il ne part pas de votre cœur; vos traits, vos yeux vous trahissent, et me font voir clairement un ressentiment profond qui semble vous étouffer. »

Spiridion ne se trompait pas. La colère comprimée m'avait

coagulé le sang et en avait arrêté la circulation. A peine finis-

IsfiH'fl de parler an*un ît\^sou ii\\\\er9el agira subitement tow?

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