CHAPITRE VINGT-SIXIÈME
ration que je n'avais jamais sentie, et je Taurais laissé faire si j'avais été le maître de ressusciter ensuite à mon gré. N'eu ayant pas le pouvoir, force me fut de résister à la faveur qu'il voulait m'accorder, et, tout faible que j'étais, de me défendre Sbntre deux vigoureux champions, car Eustathe s'était avaucé pour aider Constantin dans cet acte de charité fraternelle, et je voyais évidemment que, l'ayant une fois commencé, ils ne voulaient pas le laisser imparfait.
Mes pistolets étaient cachés, mais k ma portée ; j'en saisis un ; et, le dirigeant vers Constantin: « Misérable I scélérat! « m'écriai-je, et je fis feu.
Jamais je n'avais manqué d'atteindre mon but, même quand je ne tirais pas à bout portant : mais l'idée que j'allais répandre le sang d'un frère, ou peut-être le frisson de la fièvre, fit trembler ma main, et il ne reçut la balle que dans l'épaule.
Poussant un cri épouvantable, il ne fit qu'un saut vers la porte, et disparut, comme l'avait déjà fait Eustatbe. Mais celuici s'enfuit avec une telle précipitation que je l'entendis tomber sur Tescalier; ses gérqissements m'annoncèrent qu'il s'était blessé, et que le ciel s'était chargé de le punir.
Maintenant, pensai-je, je vais avoir un terrible léte-à-tOleavec SpiridioD. Suivant F usage, il ne manquera pas de dire que j'ai eu tort, et il ne sera pas content que je n'aille, une curdc au cou , demander pardon à mes frères , et les prier de mettje à exécution leur louable entreprise.
Cependant le bruit du coup de pistolet avait attiré tout le voisinage ; mais, comme on avait prononcé que j'étais en délire quelques instants auparavant, on jugea que j'étais devenu furieux. Personne n'osait passer le seuil de ma porte , et l'on se contenta d'en former le blocus, chacun se tenant prêt à se cacher derrière son voisin si je venais à faire une sortie.
Les choses restèrent ainsi jusqu'au retoiu* de Spiridioo, dont la course«avait été inutile. Dès qu'il arriva , on s'empressa de lui conter ce qui s'était passé en son absence, avec de telles variantes qu'il lui aurait été impossible d'y rien comprendre, quand même on lui eût dit la vérité. Mais mes frères, à qui l'on devait la première relation de l'histoire, avaient, dans leur préci|Mtation« oublié une bagatelle, leur tentative pour m'étjran-
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gler. Désespérant de pouvoir donner une forme raisonnable à tous les rapports confus dont on Tétourdissait, Spiridion se fit jour à travers la foule , et, au grand étonnement de tous les spectateurs, entra seul et sans crainte dans ma chambre.
Il me trouva assis sur le sofa, les coudes sur mes genoux et la tête appuyée sur mes mains, incapable de lever les yeux et d'ouvrir la bouche , et tellement absorbé dans mes réflexions que je ne m*aperçus pas de son arrivée.
Il s*assit près de moi ; et, après m'avoir considéré quelques instants en silence : « Ànastase, » me dit-il, o dois-je croire ce qu'on me dit? Êtes- vous dans le délire d'une fièvre chaude? •
<• Non , » lui répondis-je avec autant de calme que j'en pus appeler à mon secours, « j'ai l'entier usage de mes sens. Ma main s'est levée pour punir des monstres ; elle s'est trompée, mais elle pourra réussir une autre fois. »
«Jamais, » s'écria-t-il, «jamais, tant que je vivrai! Ma poitrine servira de bouclier à vos frères contre vos coups. ©
« Us les perceront donc à travers ce bouclier même, » m'écriaije avec fureur.
« Anastase, » dit Spiridion en se levant, « la vie a peu de prix pour moi ; mais ce n'est point par vos mains que je dois la perdre. Mon cœur peut être déchiré par vos discours, mais il doit être sacré pour votre poignard. Il ne faut pas que le monde puisse vous reprocher de l'avoir plongé dans le sein de votre ami, ce serait un crime aussi inutile qu'aiïreux. Si ma présence Vous est importune, dites un mot, et je pars. »
« Je ne vous ai jamais prié de rester, » lui dis-je d'un aif sombre.
« Fort bien, » dit Spiridion, « vous vous exprimez clairement* Mais avant d'agir en conséquence, j'en appelle d'Ânasiase aveuglé par la colère à Anastase rendu à la raison par la réflexion. Dans une heure, je reviendrai vous faire la même ques|tion; et , si je reçois la même réponse , je vous dis adieu pour toujours. »
A ces mots, il sortit; et, ayant tranquillisé sur ma situation
les curieux assemblés à ma porte, ceux ci se précipitèrent dans
ma phambre et m'étourdirent de tant de questions et de tant
rf'arâ, qu'ils me fireul petdt^ le çeu de bon sens qui me res-