CHAPITRE VTSGTSKPTIÈME
La mémoire du capitan-pacha fut plus fidèle. Non soulement il se souvint de m'avoir vu dans la Morée, mais il se rappela même la proposiiion qu'il m'avait faite après raiïaire de Tripolilza. Lors€|ue je me présentai devant lui : « Vous auriez mieux fiiit d'accepter mes offres , »i me dit-il , « car tout me porte à croire que le service du sultan vous aurait été plus avantageux (fue celui des beys. Vous a\pz perdu beaucoup de temps, t*t gagné peu d'amis; mais vous êtes jeune, et, ce qui vaut encore mifux, vons élcs brave. Si vous ne m'avez pas luissé jeter les fondements de votre fortune , je puis contribuer à en élever Tédifice. » A ces mois, il me recommanda h son kiaya, dont le sourire forcé annonça Tobéissancc par une grimace de dépit.
Le gouvernement d'Egypte se trouvant complètement organisé par rinstallation d'Abdi-Pacha dans la place de vizir, et toutes les forces sur lesquelles on pouvait compter étant réunies , Hassan commença enfin h s'occuper de l'expédition dont il parlait depuis long-temps, pour aller attaquer les rebelles dans la Haute-Egypte. Décidé à ne pas quitter son quartiergénéral , commodément établi dans la capitale , il donna à son kiaya le commandement des troupes destinées à mettre son projet à exécution. Elles avaient pour rendez-vous Atter-el- Nebbi, place située sur le Nil, un peu au-dessus du flaire. Les forces de terre devaient suivre les bords du fleuve , comme lors de son arrivée , et se trouver de même soutenues par la floliiUe, commandée par Tchelebi-Zadé. La faveur d'Hassan mit sous mes ordres un beau corps d'Amantes, au lieu de mes Kourdes déguenillés; et, en l'honneur de mes nouveaux soldats, j'eus soin de fourbira neuf ma vieille généalogie épirote, cl de me faire descendre d'Achille et d'Iskander *. Pas un s<ul d'entre eux n'avait entendu parler du premier; mais tous connaissaient le r.om du second, et ils soutenaient , quoi que j'en pusse dire , qu'il avait porté les armes contre le doge de Venise. En comptant la milice du pays, tirée de la citadelle du ^^aire, notre force pouvait monter à six mille honunes; et je ne pus m'empêchcr de |)enser qu'Hassan calculait trop avantageusement nos chances de succès, quand il nous recommanda,
t. Alexandre,
lorsque nous primes congé de lui , de faire renaître les jours où le scheïk-el-belcd tenait Tétrier à l'aga des janissaires, el où lé pacha de la Porte faisait pendre les beys à sa volonié sous la porte de- la ciladelie : recommandation qui dut, je crois, ne pas faire beaucoup de plaisir à Il)rahim, qu*on surnommait alors Kébir, ou le Grand, à Aly-bey-defterdar, à Mohammedbey-MabdouI, à Uodoan-bcy-Ie-Hardi , et à d'aulres beys qui étaient présents à cette audience.
Suivant l'usage, notre armée compta pour sa subsistance sur le pillage des provinces que nous avions à traverser. Cetie circonstance seule aurait suffi pour nous empêcher de joindre Alourad aussitôt que nous Taurions pu ; mais IMourad en augmenta encore la difficulté par un plan d'opérations aussi sage que prudent. Sa défaite dans le Delta ne lui avait pas été inutile. Au lieu d'avancer contre nous pour nous attaquer, il battit constamment en retraite , se contentant de nous laisser apercevoir de temps en temps son arrière-garde , afin de nous encourager à le poursuivre. Ce ne fut qu'à Siout que nous découvrîmes quel était son but. Nous trouvâmes, en arrivant dans celte ville, les eaux du Nil trop basses pour que notre flottille pût remonier ce fleuve plus avant , et nous fûmes obligés d'avancer sans êirc soutenus par nos batteries flottantes. Privés de ce secours, nous atteignîmes les rebelles à Girgé , et ils y avaient l'avantage du terrain; leur position était admirable. Appuyés sur les murs de la ville, et soutenus par sa garnison, ils avaient en front une plaine i:nie , un sol ferme où leurs excellents chevaux el leurs armures impénétrables leur étaient au^si uiiles qu'ils y avaient trouvé de désavantage dans les marais du Delta. Us tombèrent sur nous comme une cataracte, et il ne fallul iw^ long-temps pour voir de quel côté pencherait la balance. Notre déroute commença par nos troupes d'Asie. Nos braves Arnaules seuls tinrent un moment la victoire en suspens. Jaloux de sauver l'honneur du corps qi:e j'avais commandé, j'envoyai quelques Epirotes sur les talons des delhis pour les forcer à revenir à la charge en les mettant entre deux feux. Cette marque d'intérêt me coûta cher : un coup de pistolet me blessa à la hanche, et il n'avait certainement pas été tiré du côté des ennemis. Je n*en (us pas mmwà Tç\\v<irsé de cheval , et je serais