CHAPITRE VINGT-SEPTIRME
mort sur la place, faute de secours, si un de mes fidèles Alba* nais, me voyant étendu sans mouvement, par suite d'une faiblesse que la perte de mon sang avait occasionnée, ne se fût imaginé que je n'existais déjà plus. Ne voulant pas que mes dépouilles tombassent entre les mains des rebelles, il s'appro* cha de moi dans l'intention de se les approprier, et fut trèssurpris de me trouver encore vivant. Il sembla réfléchir un moment sur ce qu'il devait faire, et je craignais qu'il ne travaillât à ma guérison d'une manière trop expéditive : mais ma bonne étoile l'emporta; ii banda ma blessure, me mit en travers sur son cheval , r t me conduisit à l'arrière-garde , où je reçus les secours nécessaires.
Cependant notre commandant , voyant la déroute complète de ses troupes, fit sonner la retraite. Heureus^ement Mourad, ne voulant pas se priver de tous moyens de réconciliation, avait résolu de rester sur la défensive. Content de l'avantage qu'il avait obtenu, il s'abstint de nous poursuivre. Grâce à sa modératioa, nous ne fûmes inquiétés dans notre retraite que par les Arabes et par les fellahs dont nous avions dévasté les possessions dans^otre marrhe en venant du Caire. Nous retrouvâmes notre flottille à Siout, où nous rentrâmes dans un état déplorable. Les mamelucks, rétablis par Hassan , ne furent pas très- affectés de nos malheurs; on pardonne rarement à un rival les secours qu'on et reçoit.
Au bout d'un certain temps, les Arabes alliés de Mourad, fatigués d'une guerre qui se prolongeait sans fin , se retirèrent suivant leur usage ; et ce chef, privé de la moitié de ses forces, se montra disposé à entrer en négociation. Hassan en profita pour l'attirer à Gizé, et fit alors avancer son kiaya pour le combattre. Étant guéri de ma blessure, je fis partie de cette expédition ; et, le 8 janvier 1787, nous passâmes le Nil. Il ne fut pas question de la flottille, les eaux du fleuve étaient alors au plus bas. A la nouvelle de notre marche, Mourad battit en retraite ; mais nous le joignîmes à Siout, où il fut obligé de faire halte et d'accepter le combat. La position des deux armées était bien différente qu'à Girgé : nous occupions le haut d'une colline ; et Mourad , au lieu d'avoir son arrière-garde appuyée sur une ville dont il était maître, n'avait derrière lui qu'un canal pro-
Tond et bourbeux qui lui coupait la retraite. Il en rcsulla qnc, lorsque nous fondîmes sur lui avec l'impétuosité d'un torrent descendant d'une montagne, nous culbutâmes ses soldats dans le canal, où, engagés dans la vase de manière à ne pouvoir s'en tirer , ils ne nous laissèrent que la peine de les sabrer à loisir.
Je n*ai encore rien dit de mon cher beau-père, qui comlwttait avec les rebelles. Ce fut dans cette déroute que j'aperçus poar la première fois sa vénérable figure. Entouré d'un groupe assez nombreux de niamelucks de sa suite , il cherchait à se dérober par la fuite à la poursuite des vainqueurs en tetmiant une colline* Cette vue réveilla dans mon cœur les sentirnenis de parenté et quelques autres encore, et je sentis le désir irrésistible de m'emparer de sa personne pour lui donner tout It mon aise des preuves de mon affection. Appelant les plus braves de mes Arnautes, je leur montrai Suleîman, et leur fis sentir ravantage que nous trouverions à faire un tel prisonnier. Ils prirent feu à cette proposition, et nous partîmes à toiJte bride. Nous atteignîmes les fugitifs comme ils venaient de tourtier la colline, mais elle nous avait caché une autre troupe plus nombreuse, qui vint au secours de ceux que nous attaquions â qui fit manquer notre entreprise. Je ne me retirai pourtant pas les mains vides ; je fis un prisonnier , un charmant jeune homme^ toutoundgi ^ de Suleîman , et auquel 41 attachait le plus grand prix. J'ordonnai de le conduire à Tarrière-garde, et nous nous uiiiues à la poursuite des fuyards.
Je m'éiais considérablement écarté de ma troupe en pour-^ suivant un jeune mameluck parfaitement monté, supérieurement équipé, et dont je n'aurais pas été fâché d'avoir les dépouille:'* Tout à coup un autre mameluck, sortant de derrière une petite éminence qui l'avait caché à mes yeux, se montra entre lui et moi ; et celui que je poursuivais : e retournant alors, j'eus à oie défendre contre tous deux. L'issue du combat devenait fort douteuse ; mais quand j'en vis arriver un troisième d'une tail o colossale, et que je le reconnus pour un kiaclief de Suleïuianj quand je le vis accompagné de plusieurs autres qui étaient restés jusque-là cachés derrière la même hauteur , je ne doutai pltJ» qu'on eût cherché à m'attirer dans un piège; et, me regardant
i. Poi'Ieur de blouse à xAi9i% d\\u\\omm« éiUinent.