‹ AnastaseChapitre 226 sur 407 · CHAPITRE VINGT-HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-HUITIÈME

talenl particulier, chacan raconte une histoire lamentable de ses sooffi'aiices inorales ou phybiques. Celui-ci, chassé de sa maison par un incendie, a vu périr de faim sa femme et ses enfants sur la route; celui-là a été pillé par d<*s brigands; l'un est attaque d*unc lèpre incurable, Tautre est paralytique de la moitié du corps. Les vieux routiers, qui se sont enrichis h ce métier, cèdent leur fonds aux commençants, et les enfants restent en cornmnu pour que chaque femme soit, à tour de rôle, pourvue de deux jumeaux qui ont perdu leur père, et qu'elle a soin de faire pleurer et crier en les pinçant toutes les fois qu'elle rencontre quelque âme compatissante. Cette bande, régulièrement org ni* gée, fait une guerre perpétuelle à tout autre mendiant qui vien« drait faire un commerce interlope dans rarrondiiisemenl qu'elle s'approprie. Un membre disloqué, un ulcère dégoûtant, passent pour des faveurs du ciel ; une maladie héréditaire est une sorte de domaine ; et , si elle est apparente , si elle est de nature à résister aux remèdes officieux des personnes charitables, elle devient en quelque sorte im titre de noblesse. Mais ceux mêmes qui ont le malheur d'être doués d'un état incurable de bonne santé sont pleins d'adre^^se, sinon pour corriger radicalement ce défaut de nature, du moins pour en bien cacher l'apparence, ib excellent particulièrement dans Part de figurer de fausses blcs^ sures et d'imiter les symptômes de diverses maladies ; enfin les CDnvglsions d'un démoniaque 2^ ont des mouvements pHeins de grâce auprès de leurs prétendus accès d'épilepsie.

Tille était la troupe au milieu de laquelle j'avais eu le bon-> heur de tomber! La \illc d'HérakIi devait être le lendemain li théâtre de ses exploits, et ses dignes membres se disposaient à passer une nuit tranquille parmi les tombeaux pour se préparer, par un doux repos, aux fatigues du jour suivant. Déjh plusieurs d'entre eux, ayant choisi, pour reposer leur tête, quelque fosso fraîchement recouverte, se livraient aux douceurs du sommeil lorsque le btuit des pas de mon cheval les éveilla, mit en mou* vement toute la troupe, et les amassa tous autour de moi* comme on vient de le voir. Le murmure que j'avais entendu n'était autre chose que l'espèce de chant lent et monotone avec lequel ils demandent l'aumône , et auquel ils sont tellement habitués qu'ils le répètent même en dormant.

352 MÉAfOIRES D*UN GREC.

Ému de compassion à la \ue de tant de misères humaines, je résolus d'en délivrer mes yeux le plus promplement possible; et, pour y parvenir, je commençai à appliquer d'un bras vigoureux, sur ceux qui se trouvaient en face de moi, des coups d'un long fouet de cuir de bœuf. C'était un plaisir pour un cœur sensible de voir l'effet salutaire et immédiat que produisait ce spécifique. Dès la première application , je rendis des jambes aux boiteux, des yeux aux aveugles, et une voix de stentor aux sourds-muets. Un homme décrépit, courbé par l'âge et les infumités, se redressa tout à coup, et courut avec la vitesse d'un cerf; un autre, dont le dos ressemblait à celui d*un dromadaire, laissa tomber sa bosse et ne songea point h la ramasser ; et une femme, qui paraissait grosse à pleine ceinture, ayant heurié, dans sa fuite, la pierre qui couvrait un tombeau, ût voirie jour, en tombant, 5 son fardeau postiche.

La frayeur de mes amis ne fut pourtant pas de longue durée. Peu à peu ils en vinrent à penser que, quoiqu'ils fussent à pied et sans armes et que je fusse à cheval et bien armé, une quarantaine de personnes |)ouvaicnt avoir beau jeu ^ans l'obscurité contre un homme seul. Imbus de cette idée, ils se rai lièrent, et une grêle de pierres commença à siffler à mes oreilles. Je vis alors que j'avais affaire à une bande d'ingrats qui, au lieu de aie remercier des cures merveilleuses que je venais d*opérer, voulaient me rendre le mal pour le bien. Je les abandonnai dpncà leur malheureux destin ; et, faisant prendre le galop à mon cheval qui, heureusement, avait retrouvé ses jambes, je fus bieniôt hors de leur portée.

Le passage du fialkan était fait pour offrir de grands plaisirs à un homme qui aurait préféré les restes du monde ancien aux bonnes choses du monde actuel, et une huître ou un chou |)étrifiés à des comestibles de plus facile digestion. Quant à moi. qui étais pins curieux de connaître la fm des choses que leur commencement, je fus très-charmé quand je vis derrière moi le mont Hémus; je le fus encore davantage quand je vis le Danube rouler sous mes yeux ses eaux majestueuses; et ma joie ne connut plus de bornes quand, après avoir traversé ce large fleuve, je mis le pied dans les plaines de la Valachie.

Pour profiler autant c\\vé ços^ible des bienfaits du christia-

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