‹ AnastaseChapitre 234 sur 407 · CHAPITRE VLNGT-xNEUVIÈME. 3f · texte numérisé non relu

CHAPITRE VLNGT-xNEUVIÈME. 3f

blanches roniine la neige , et que personne plus que lui n'était disposé à montrer à toute occasion.

Ce ne fut qu'après avoir fini de dicter une lettre de trois pages au reîs-effendi et terminé toutes ses autres affaires, y compris l'arrangement de ses ongles qu'il surveillait avec le calme le plus parfait , que , semblant enfin s'apercevoir de ma présence , Mavroyeni rne demanda d'un ton bourru , en me montrant mes pauvres lettres qui étaient sur un sofa sans avoir été ouvertes y si c'était moi qui lui avais apporté ce fatras de papiers?

Je m'inclinai d'un air respectueux , et lui répondis affirmati- Toment. « Mais, » ajoutai-je, « je ne m'en suis chargé que par occasion , car je sais parfaitement que les recommandations ne sont d'aucune utilité près de Votre Altesse; que les talents mêmes n'en sont pas une suffisante quand ils sont accompagnés de présomption, et qu'il faut qu'un rayon de vos bonnes grâces tombe spontanément sur celui que vous daignez favoriser. » Ce compliment , fait au caractère indépendant du prince , sembla c'mousscr les épines dont il paraissait hérissé. Ses traits perdirent un peu de leur sévérité ; je crus distinguer un demisourire de satisfaction, et il daigna même enfin me la témoigner de vive voix. « Vous avez raison , » me dit-il , « ma volonté est ma sçule loi. Quand vous seriez l'ange Gabriel descendu du plus haut des cieux , il faudrait que vous eussiez trouvé moyen de me plaire, pour obtenir quelque faveur de moi, au moins en Valachie. Mais, Dajouta-t-il en se déridant tout à fait , 9 vous savez qu'en dépit de vos folies je vous ai toujours aimé. Vous étiez un maître espiègle dans votre première jeunesse ; j'espère que le temps vous a donné de l'aplomb sans éteindre votre feu. Dites-moi, car je sais que vous avez été kiachef en Kgypte : comment êtes- vous parvenu à ce rang, et pourquoi Tavcz-vous perdu? »

Je lui contai en abrégé toutes mes aventures dans le pays des mamelucks, sans cependant mettre dans mon récit toute la fidélité qui règne dans ces mémoires. Je ne voulus pas mettre sa crédulité à l'épreuve en cherchant à me faire passer pour un modèle de sagesse et de vertu ; mais je peignis mes fautes et mes erreurs avec la louche indulgente d'un ami, dont le blâme est toujours moins sévère que la li>uaLt\ç,o. à\\w ^w\\^-

mi. Le dernier objet dont je lai parlai fat ma rencontre avec Candilly en cnirant dans sa principaaté. « Il prenait la route de la Turquie, • lui dis-je.

« Non, » répondit Mavroyeni ,'« je suis sûr qu*ii va droit a Vienne. 11 ne fait ce détour que pour me tromper. Mais que m'importe? je sais qu*ii a toujours été plus dangereux pour ses amis que pour ses ennemis : aussi ai -je donné ordre que tous los chemins lui fussent ouverts. C*cst précisément le contraire que je compte faire à votre égard. »

J'assurai le bcy *■ que je me constituais son prisonnier tolontaire ; et , voyant qu'il ne me faisait plus aucune question , je le saluai et me retirai.

Cependant la longueur de l'audience que j'avais obtenue , et dont on commençait à croire dans l'antichambre qu'on ne verrait pas la fin , y avait pleinement confirmé l'idée qu'on s'était formée de mon importance. Le mystère qui m'enveloppait , semblable aux vapeurs qui couvrent le sommet d'une montagne , ne faisait qu'ajouter à ma prétendue grandeur ; aussi , lorsque je reparus dans le cercle des aspirants à l'audience du prince , il n'y en eut aucun qui ne s'arrangeât pour glisser quelques remarques incidentes destinées à leur préparer une voie pour s'adresser plus directement ensuite à ma personne. Celui qui , à mon entrée , avait fait la sourde oreille lorsque je l'avais salué, avait contracté une fâcheuse surdité à la suite d'un grand froid; celui qui m'avait ri hautement à la figure avait été tellement bouleversé par des malheurs domestiques , qu'il eu avait perdu le sens; et quant à celui qui m'avait directement attaqué par ses paroles, il s'était toujours fait un devoir, •lorsqu'il voyait un étranger de nfarqne désireux de garder l'incognito, de le seconder, d'une manière ou d'autre, par quelque ingénieux moyen.

Chacun ayant ainsi laissé glisser sa petite phrase d'expiation, comme si les bonnes gens n'eussent pas songé à ce qu'elle parvint à mon oreille, ils parurent comme surpris de me trouver si près d'eux , et commencèrent à me saluer de la manière la plus gracieuse et , me parlant tous à la fois , à m'assurer du ton le plus obséquieux... de quoi? c'est ce que je ne saurai^i

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