CHAPITRE TRENTIÈME
défilés et les points qui étaient gardés devaient servir de guides, et il résolut d*attaquer d*abord le défilé de Bozan.
Ce fut à moi qu'il confia la conduite de cette expédition. C'é^ tait moi qui devais en recueillir la gloire ou en supporter la bonté ; aussi résolus- je de n'oublier rien de ce que les soins et la vigilance (car je n'ai pas besoin de parler du courage) pourraient faire pour en assurer le succès.
Le 9 août je fis partir de Vaieni six cents spahis qui arrivèrent le même jour dans le voisinage des Autrichiens, et qui prirent position en face de leurs lignes. Le 10, je me mis en marche h la tête de ma principale division , composée de huit cents Arnautes et de douze cents spahis, je fis halle à trois lieues de mon avant-garde , et , quelques heures après , je fus rejoint par le reste de la cavalerie et par toute rinfîinte. ie. Le 11 au matin , toutes nos forces étaient concentrées sous les hauteurs de Porullke, premier point dont il s'agissait de s'emparer.
Iléiait aussi difficile qu'important de nous rendre maîtres de cotte hauteur, qui commandait tous les environs. Elle descendait par une pente douce vers les lignes des Autrichiens; et, dès qu'ils se seraient apcTÇus de notre dessein , ils n'auraient pas manqué de la faire occuper par une troupe de cavalerie placée en observation sur leur flanc droit. Pour donner le change il ce corps , je fis faire un mouvement à mes spahis et à mes janissaires, comme si mon projet n'eût été que de tourner cette montagne. Pendant que leur colonne prolongée et s'avançant à pas lents attirait l'attention des ennemis, mes Arnautes, cachés i leurs yeux par la hauteur, la gravissaient de l'autre côté avec des peines incroyables , et y traînaient notre artillerie. Quand ils ne furent plus qu'à quelques pas du sommet, et avant que les Aulrichi' ns pussent les apercevoir, j'envoyai ordre aux autres iroupes de faire volte-face et de gravir à leur tour la montagne. Dès ^ne la cavalerie ennemie vit ce mouvement, elle devina nos in- 'cniions, et partit au grand galop pour s'établir sur le plateau ; Q^ais au môme instant elle en vit le sommet couvert de nos Armantes, qui, poussant de grands cris, firent au même instant feu fe batteries qu'ils avaient déjà établies.
A cette vue inattendue, les Autrichiens s'arrêtèrent et regar- ^^m avec consternation tantôt les Arnautes tv\î\\Tes»^^\^^v-
nence , tantôt les spahis qui Tescaladaient d'an côté par où on ne pouvait les attaquer. EnGn ils se mirent en retraite et allèrent reprendre leur première position.
C'était an beau spectacle que de voir ces troupes qui avaient jusqu'alors marché en silence dans le fond du défilé, encouragées par les cris de joie de leurs camarades qui occupaient déjà la hauteur, s'élancer sur ses flancs escarpés, se frayer un chemin à travers les bruyères et les taillis, escalader des hauteurs qui semblaient inaccessibles, sauter comme des chèvres d'uuc pointe de rocher sur une autre, tomber, se relever, se prêter mutuellement l'aide de leurs corps pour se servir d'échelons, et tout cela sous le feu continuel de Tennemi , dont le bruit était presque étouffé par les acclamations de nos soldats.
Enfin les hommes de mon aile gauche surmontèrent tous lesobstades, et s'établirent sur le plateau avec leurs camarades de l'aile droite, qui en étaient déjà en possession depuis quelque temps.
Nous passâmes la nuit dans cette position respectable, couiroapdant en front les lignes autrichiennes, et protégés en arrière par un rideau de bois-taillis fort épais, qui empêchait l'ennemi de juger de notre force et de songer à nous déloger. La nuit fut belle, et les étoiles brillaient dans le firmament comme autant de diamants; mais, au point du jour, il s'éleva un brouillard si épais qu'il semblait couvrir toute la nature d'un voile impénétrable , et les objets devinrent moins visibles pendant le jour qu'ils ne l'avaient été pendant la nuit. Voulant profiter du rideau impalpable qui nous entourait, je fis attaquer la cavalerie autrichienne dans ses retranchements par mon avantgarde de spahis ; et ces héros, ne pouvant juger de notre force, furent saisis d'une terreur panique, prirent la fuite au premier feu, et nous abandonnèrent une excellente position.
Je fis alors descendre mon corps d'armée de la montagne Nous étions protégés sur la droite par la continuation du boistaillis à travers lequel mes Amantes avaient pénétré; sur la gauche, par les rochers que mes janissaires avaient escaladés; et en face nous avions le brouillard, qui ne nous permettait ni do voir ni d'être vus à plus de vingt pas.
Un prétendu déserteur autrichien s'était engagé à nousmon- -cr le meilleur chemin pour tourner les retranchements de l'en-