CHAPITRE TRENTIÈME
?erselle qu'à peine pouvail-on citer un seul acte d*humanii6 i Péra qui ne dût dévoiler tout le mérite bien involontaire du jeune hongrois. Il faut ajouter, qu*il n*éfait pas moins empressé à dérober à la publicité ces derniers succès que les premiers, et qu'il s'attirait ainsi, bien malgré lui , au lieu d'élog(*s dus à la bonté compatissante de son cœur, la gloire de la galanterie.
Pendant que sa discrétion était ainsi vantée par tous, de manière même à blesser la vanité plutôt qu*à exciter les craintes de quelqurs-unes de ses belles amies, on crut un jour avoir à donner moins d'éloges à son courage habituel, et voici à quelle occasion : c'était à un souper fort gai où figuraient quelques étrangers. Un autre jeune-de-langue *, jaloux du succès que son collègue avait obtenu près d'une belle aux bonnes grâces de laquel'e il avait inutilement aspiré lui-même , l'insulta grièvement par des paroles de mépris auxquelles il avait ajouté des gestes de menace. Chacun s'attendait à voir briller les instruments de mort dans la salle même du festin ; mais, au grand étonnement de tous les spectateurs, le Hongrois, quoique irrité au dernier point , ne parut pas songer à demander satisfaction de l'injure qu'il avait reçue. Moi seul qui, par hasard, me trouvais appuyé sur le dos d'une chaise voisine de la sienne, je sus ce que je devais en penser; car, un de ses voisins lui ayant demandé à voix basse comment il pouvait supporter un tel affront , je l'entendis répondre sur le même ton : « Pourquoi troubler la gaieté d'un festin ? Livrons-nous au plaisir aujourd'hui; nous aurons le temps demain de nous couper la gorge. »
Ce qui fut dit fut fait; et, le lendemain à la pointe du jour, le jeune Hongrois tua honorablement son antagoniste. Il alla se jeter aux pieds de l'ambassadeur pour lui expliquer la nécessité où il s'était trouvé d'agir ainsi ; mais le baron lui ayant conseillé de ne pas attendre sa réponse, il profita de cet avis, et disparut de Constantinople. dépendant le beau sexe , dont il était le favori, forma une ligue générale en sa faveur, et obtint sa grâce ; mais il quitta la carrière diplomatique, entra dans celle des armes, pour laquelle il avait montré plus d'aptitude, et obtint un avancement rapide dans l'armée autrichienne.
1. Ou appelait ainsi les jeunes élèves du corps consuldire envo'«^é% v\ C<iw - •intinople pour »e perFcclonncr dans les langues de YOncuV. ^%
Noh-seolement toutes ces circonstances étaient encore présentes à ma mémoire, mais même les traits du jeune flongroisy étaient restés gravés, li me semblait le voir entrer dans i'aniichambre de l'internonce à Péra , sa belle taille se développant avec grâce sous le costume hongrois qui semblait modeler ions ses membres, frappant tous les yeux par son élégance et sa bonne mine , envié de tous les hommes , admiré de toutes les femmes; et, quoiqu'il fût en ce moment à mes pieds, couvert de sang et de poussière , à demi nu , le visage pâle et livide, si différent à tant d'égards de ce que je l'avais vu autrefois, cependant je crus reconnaître dans ses traits tant désignes d'identité, que je ne pus m'empêcher de lui demander si je ne voyais pas le comte Miazinski, autrefois attaché h la légation d'Autriche à Pér.i.
A ces mots, l'officier ouvrit ses yeux presque éteints ; et, les fixant sur moi comme pour chercher à découvrir à son tour quel était celui qui le reconnaissait ainsi , il me répondit d'une voix faible : « Oui ; mais vous qui me faites celte question, puisje savoir qui vous êtes? »
« Un homme , » lui répondis-je , « dont vous pouvez avoir perdu le souvenir parmi le nombre de ceux h qui vous avez rendu service, mais qui ne vous a pas oublié, et qui fera pour vous tout ce qui sera en son pouvoir dans le malheureux état où il vous trouve. »
Me tournant alors vers mes Arnautes, qui frémissaient d'impatience en voyant leur vengeance suspendue : « Le prophète, « leur dis-jc, «» a donné aux fidèles le choix de tuer leurs ennemis ou de les faire captifs ; mais il ne leur a pas permis de massacrer ensuite celui qu'ils ont une fois épargné. Kara-Mustaphs avait accordé à cet officier le peu qui lui reste de vie ; il "C pouvait plus l'en priver. En se défendant contre son agresseur, le prisonnier n'a fait qu'user d'un droit naturel : il avait reconquis sa liberté lorsque je l'ai découvert; il est donc maintenant mon captif, et quiconque attentera à sa vie me privera d<^ ce qui m'appartient et aura h m'en répoudre. »
Ce que je leur disais était vrai , et le ton dont je parlais fil respecter ma volonté. Voulant donner à Miazinski tous les secours que le temps et le lieu me permettaient, je lui fis avaVi' quelques gouttes de \m dv^wv \<i va'èuis emparé dans la maiso"