CHAPITRE TRENTE ET UMÈME
Cependant» renonçant h tout projet de guerre offensive, le vizir résolut de concentrer ses forces autant que possible pour s'occuper de la défense de i'cinpire. Il envoya à Mavroyeni un renfort de cinq mille hommes qui, répartis entre A rdgis, Rimnik, Brankovano, Yaleni et Kimpina, semblaient pouvoir couvrir suffisamment les frontières de sa principauté, et il entra luiniérnc en Bessarabie pendant la suspension des hostilités.
Déjà il levait la main pour frapper sur ce point un nouveau coup sur la Moldavie, et il se promettait de voir se renouveler ses premiers succès, quand un événement inattendu vint faire flétrir nos espérances et paralyser nos forces.
C'était la mort , la mort à laquelle rien n'avait préparé , du sultan Abdoul-Hamid , auquel succéda son neveu Sélim. Sans avoir pu prévoir un si grand changement, ce prince passa tout à coup, le 7 avril 1789, de l'ombre du harem à la splendeur du trône des despotes ottomans.
Comme la plupart des jeunes gens, Sélim s'occupa 5 défaire tout ce que son prédécesseur avait fait. Sa barbe avait à peine quinze jours ^ , que les deux principaux favoris de son oncle , Youssouf et Hassan, tombèrent tout à coup du poste élevé qu'ils occupaient. Leur traitement ne fut pourtant pas tout à fait le même. L'âge d'Hassan, ses longs services, ses anciens succès, inspiraient encore pour le héros vétéran une sorte de vénération d'habitude à laquelle le nouveau monarque crut devoir quelque égard. li couvrit sa disgrâce de l'apparence d'une nouvelle faveur, et il le nomma beglier-bcy de la Roumélie, tandis que le capitan-bey ^, Gerci lu- Hussein , succédait à sa place de grand-amiral. Non-seulement Hassan se trouva ainsi éloigné de son élément naturel, mais il reçut en outre l'ordre de marcher à la tête de l'armée de Bessarabie en qualité de séraskler, et de reprendre la forteresse d'Oczakow. Youssouf, moins bien ancré dans les bonnes grâces du ) euple, subit une disgrâce plus complète. Du rang de grand-vizir il descendit à celui de pacha de Widdin ; et, pour envenimer davantage le trait qui le blessait, la dignité qu'il perdait fut. conférée au gouverneur de cette.
1. Le nouveau sullaii ne laisse croiirc sa barbe <|u*à cornplcr du jour de son avéïieincnt àii irune.
2. l'C commandant de In marine turque, sous les ordres du ca|iiiar.-paclia.
ville, son ennemi déclaré. Ce nouveau commandant en chef était surnommé Dgénazé, c'est-k-dire le Mort , surnom que lui avait valu le mauvais état de sa santé.
.Quant h Mavroyeni , il n'éprouva pas de changement immédiat dans sa situation. Tant que le danger durait et qu'il fallait de IVnergie pour l'écarter, on avait besoin de lui ; mais la chute de son protecteur mil en mouvement toutes les langues de l'envie, et on prépara en secret une ma^se d'accusations qu'on se proposait de porter contre lui à la première occasion favorable. Dans le fait, il n'existait pas un crime ou une faute que ses ennemis ne lui reprochassent. Il avait mal administré des affaires dont il n'avait jamais été chargé; s'était approprié des sommes qu'il n'avait jamais reçues, et fait tomber des têtes qui étaient encore solidement placées sur leurs épaules. Si la vérité se trouve entre les deux extrêmes, on aurait pu le regarder comme un homme parfait, car on lui faisait les reproches les plus contradictoires et les plus incompatibles. Il était en même temps avare et prodigue, lâche et téméraire, superstitieux et athée, trop doux et trop sévère , trop prudent et trop inconsidéré. Mm s'il n'était pas très-fiicile de distinguer précisément quels étaient ses crimes, il n'en était pas moins évident que le châlimcrit en était inévitable, et qu'il serait infligé aussitôt que la sentence, déjà prononcée in petto, pourrait être mise à exécution sans danger. Il en était lui-même convaincu ; et, de même que, dans chaque Grec qui partait pour Bucharest, il croyait voir un délateur qui allait déposer contre lui, ainsi, dans chaque Turc qui y arrivait , il lui semblait apercevoir le messager chargé de lui apporter sa disgrâce.
- Se trouvant dans cette position , et sachant que la perte de sa principauté devait entraîner la sienne, n'espérant aucun secours du nouveau vizir, qui désirait lui voir éprouver des revers plutôt que des succès, Mavroyeni épuisa son trésor privé pour lever à ses frais un nouveau corps de troupes; et y ayant joint celles qu'il put tirer du camp de Foczani, il marcha sur Rimnik pour y organiser une attaque générale qui aurait lieu le même jour contre tous les défilés de la Transylvanie, dans l'espoir que l'ennemi, ayant à se défendre de tous côtés en même temps, se trouverait vw\uèrab\eswT ^w^lcyac ç^oini. Il se chargea