I. f?r(jiment
CIÎAPITBE TREKTI-: ET UiMÈME. 403
Ma division était celle qui avait le moins souflert dans nolrq défaite ; je retournai donc à Kalafath pour protéger le rcmbarquciiicnt des autrei^ troupes, mais je ne pus empêcher une scène do confusion inei^primable. Des centaines de malheureux, ne pouvant gagner les barques rassemblées sur \e Qeuve, 3'y précipiiaieut dans l'espoir de les atteindre, et les eaui^ du Danube firent périr un plus grand nombre de nos soldats que les armes des Âutrichieus. Des barques pleines de soldats furent copiées à fond par l'artillerie; un boulet perça celle de JVlavroyeni à l'instant même pu il venait de la qui: ter, et un moment plus tôt le prince aurait fmi ses jours dans le fleuve; mais C( tte mort n'était pas celle qui lui était destinée.
Étant resté le dernier sur la rivç ennemie avec une poignée d'Âruautcs, je m'attendais à boire le sorbet 4u martyre, quoique cette pplion ne ipe plût nullement, quand j'aperçtis à quelque distance pn radeau caché dans des roseaux, et dont ppur cc'ttp raisqn personne ne s'était emparé. Je le montrai k quatre €u cinq dp mes pieilleurs soldats; nous y courQpies sur-lechamp, et, nous y étant placés, nous ramânies à fofce d^ bras vers la rivp turque. Nous devînmes bientôt un poipt de mire pour l'artillerie des ennemis : heurensemepf |e courant nou^ OQtraluait rapi()ement ; et , quoique les balles siOlasçeqt à nos oreilles, aucune d'elles |ie nous atteignit dangereusement. Elle^ ne me laissèrent d'autre souvenir de ceU^ journée .qu'une couple de blessures dans les chairs, d^^ut je me serais yplontier9 passé, malgré l'odeur fléljcieuse qui, suivant )e Koran, sortdps plaies causées par les armes des infidèles, attendu surtopt que les Turcs sont trop résignés aux volontés de la Providence pour avoir "h la suite de leurs armées des homnqfs aussi çonr traires à ses décrets que les chirurgiens.
Quoique notre première manœuvre eût complétepieut échoué, Youssouf ne s'en opiniâtra pas nioins k tenter le coup île main qu'il avait projeté depuis long-temps, et 5e fit b^t^re à son tour deux jours après nous ; mais il se servit de notre défaite pour excuser la sienne. On rejeta sur Mavfoyeni tout le hlàme de ce double échec , et une foule de plaintes contre lui partaient à ce sujet des frontières, à l'instant même où Handgery faisait revivre dans la capitale la vieille tvvsVw^i ^w 't^x^S^
Pctracki, et représentait Mavroycni comme 8*étant enrichi des trésors que le snltan avait perdus par suite de la mort violente de ce financier. De tels coups frappés successivement l'uu après Tautre semblaient rendre inévitable la perte du prince ; chaque effort qu'il faisait pour se relever ne servait qu*à le faire tomber d'un nouveau degré, et le destin paraissait vouloir le conduire d'infortune en infortune, de manière à courber graduellemmi son orgueil jusqu'à terre , sans chercher à l'abattre d'un seul coup.
Au milieu de ses efforts infructueux pour conserver sa fierté habituelle , on remarquait en lui tous les jours des symplômcs d'un abattement d'esprit toujours croissant. Il commençait à croire lui-même à la voix secrète du conseiller surnaturel avec lequel, dans les jours de sa prospérité^ il aimait à laisser croire qu'il était en relation ; il la redoutait même ; car, au lieu d'être un bon génie, cet esprit familier était devenu une furie vengeresse qui le tourmentait nuit et jour. Les yeux fixes et hagards, il adressait quelquefois la parole à cet être imaginaire, comme s'il l'eût aperçu, lui demandait une trêve à ses persécutions, ou prenait avec lui la défense de sa conduite et de son administralion. Un jour, au milieu d'un cercle nombreux, ayant cédé à un assoupissement passager qui, depuis quelque temps, engourdissait fréquemment ses sens et accordait un court répit aus inquiétudes qui le dévoraient, je le vis, après avoir remué b lèvres pendant quelques instants, comme s'il eût été en conversation secrète avec quelqu'un^ se lever tout à coup, le corps agité de convulsions, ouvrir des yeux égarés, et s'écrier d'une voix de tonnerre : « Tu mens, esprit infernal ! ce n.'est pas moi qui ai incendié la grange vide supposée pleine de grains ; ce n'est pas moi qui ai réclamé la payexle déserteurs qui n'avaient jamais quitté le drapeau de leur souverain ; ce n'est pas moi qui ai enterré dans un champ la caisse de l'armée qui, suivant mes dépêches , avait été prise par une troupe de houlans ; ce n'est pas moi qui ai empoisonné la coupe.... »
Saisi d'horreur et de crainte , je lui mis la main sur les lèvres, et je parvins à arrêter ce torrent de paroles indiscrètes; je l'entraînai hors de l'appartement, et ce ne fut pas sans peine que je panins a calmer ce \vaus\iO\l. vvS^lim, » me dit-il alors,