‹ AnastaseChapitre 257 sur 407 · CHAPITRE ïlltNTE ET UMÈME. 4o · texte numérisé non relu

CHAPITRE ïlltNTE ET UMÈME. 4o

qu'en me rendant dans la capitaic je puis travailkr an rétablissement de votre fortune ? Vous connaissez mon ancienne intiraiic avec Spiridion , Tinfluence qu'il a sur* son père , les liaisons de celui-ci avec Handgery, le crédit dont ce dernier jouit près du divan, les richesses et Tambition de Mavrocordato. Vous savez combien il a désiré une principauté pour son fils. Ne peut-on pas prendre avec lui des arrangements, en vertu desquels il emploierait sa fortune et son crédit pour vous conserver la vie et le rang que vous occupez, sous la condition que vous céderiez à son fils, au retour de la paix, tous les droits que vous pouvez encore avoir sur la Valachie ? »

Celait offrir une paille à un homme qui se noie ; mais le prince la saisit avec empressement , et il me pressa de partir pour mettre ce projet à exécution. Quand je lui fis mes adieux, il serra ma main entre les siennes qui étaient couvertes d'une sueur froide : « Sélim , » me dit-il , « Sélim , vous qui m'avez connu depuis votre jeunesse , vous qui m'avez toujours trouvé bon et indulgent, excepté quand vous avez méprisé mes bontés ; vous que je n'ai jamais perdu de vue , même quand vous pensiez que j e vous avais abandonné , accordez-m'en la seule léconopense qui soit en votre pouvoir; ne souffrez pas qu'on attribue à mou incapacité ce qui a été un effet des ordres du drstin. Quand vous entendrez critiquer ma conduite dans ma principauté , opposez à ces reproches le tableau du peu de moyens que j'y ai trouvés ; dites ce que j'ai fait , et avec quoi je l'ai fait. Quand le reste du monde s'unirait pour me condamner, n'oubliez pas votre ancien maître , votre ancien ami , et osez défendre sa mémoire. »

Je me sentis ému , j'étais sur le point de renoncer à mon voyage : mais à quoi ma présence aurait-elle pu lui être utile ? Je retirai doucement ma main d'entre les siennes, et lui dis que j'espérais le voir triompher de tous ses ennemis.

« Il en sera ce qu'il plaira au ciel , » dit-il d'un ton un peu

plus calme : « partez, et puissiez- vous prospérer ! »

Je partis, mais je ne prospérai point.

Mafvroyeni quitta sur-le-champ les environs de Widdin ; mais

il ne s'en éloigna pas à une grande distance, et il erra quelque

temps de village eu village, sans se fixer nulle pari, c^qvmsv^ ^'\V

eût craint d'clre poursuivi , mais ne quiitaul jamais les liiuiles de sa principauté ; de même que le papillon de nuit dont l'aile a déjà été entamée par la flamme d'un flambeau, continue à voltiger autour, en resserrant toujours son cercle , jusqu'à Tinslant fixé pour sa fin.

Cet instant arriva iK)ur Mavroyeni à Belia. Ce fut Ih qu'il vit paraître tout à coup à ses yeux, non |)as un fantôme créé par son imagination, mais un capidgichargédclui conrrrcrlapalinedu martyre *. Il avait gardé pour dernière ressou: c un expédient sur l 'efficacité duquel il comptait. « Depuis ]on[ ! rmps, » dit-il au messager du sultan , «j'ai reconnu sécréter, et la vérité de l'islamisme; mon seul désir aujourd'hui est d'en:' rasscr publiquement sa sainte loi et d'être compté au nombr. des fidèles. »

A ces mots , le prince tira de son sein un petit koran qu'il portait dans ce dessein, le baisa dévotement, et demanda à faire sa profession de foi. Une telle requête ne pouvait se refuser. Le capidgi lui laissa le loisir de faire ses oraisons, ses génuflexions et ses ablutions, et ce ne fut qu'après que toute la cérémonie fut terminée qu'il lui témoigna sa satisfaction de pouvoir envoyer au ciel un véritable croyant.

Que pouvait faire de plus Mavroyeni ? Il n'y avait pas là une populace fanatique prête à prendre sous sa protection un néophyte dont la jeunesse aurait fait naître la compassion en sa faveur. Le pécheur à cheveux gris n'avait devant lui qu'un exécuteur de sang-froid, qui ne pensait qu'à s'acquitter de sa mission. Voyant que tout subterfuge était iuulile, le prince s'arma enfin de résolution et se soumit à sa destinée. Il ne put cependant s'empêcher de s'écrier en s'agenouiliant : « Je mérilais une autre n'compense, au moins de mon souverain. Puisse-t-il trouver dans son vaste empire un Grec qui lui soit plus fidèle !< A ces mots il se découvrit le cou, y laissa passer le fatal cordon, et le fil de son existence fut rompu.

1. Siiîvaiu les pn'jii{;cs Jcs miisulmnns, lu faveur clil coiilon ciivoyi" p'^lc gniiiil-scigiiriir asisiirc cluiis l'iiulrc nionile loutcs les rci-om|>Cki9es(l»luai-iyrc.

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