CHAPITRE XXXIL
AdjsIîiîc tombe malade el songe à écrire ses mémoires. — H arrive à Coii- .siantinople. — 11 veut devenir capilaiiste. — Il s'assoiie avec un mu- Milina'n fataliste. — Cnracière de Wélid. — 8()éculatioua d'Auastasc. — Il lait naufrage. — 11 part pour Sniyrne. — DifKcuIlés qu'il a avec son fripon de {^uide. — 11 arrive à Smyruc et rentre dans les fonds de son bâliment assuré. "^ Isaae-bcy et ses voyages en Italie, en France cl en Angleterre. — Ses aventures.
Si mon destin ne m'a pas permis Jusqu'à présent de briller, comme Tastre qui nous éclaire, d*uue splendeur que je ne dusse qu'à moi-même; si ma vie errante m'a em[)êclié de réfléchir constamment Téclat emprunté dont se revêt une planète servant de satellite ; si, dans mes courses incertaines, j'ai plutôt ressemblé à la comète vagabonde^ qui tantôt s'approche assez d'un astre éclatant de lumière pour se perdre dans ses rayons, tantôt s'en éloigne de manière à retomber dans son obscurité naturelle, cependant de grands noms ont de temps en temps éclairé ma carrière de quelques reflets de leur gloire. Maintenant cette ressource me manque. Hassan et IVlavroyeni n'existent déjà plus ; et, si Youssouf réclame encore quelques pages dans ihisioire, il ne doit plus paraître dans mes mémoires: D'autres grands luminaires n'y remplaceront pas ces étoiles éclipsées. Je vais sans cesse me trouver sur le premier plan du tableau , et c'est de moi seul que je dois tirer tous mes moyens d'intéresser mes lecteurs.
J'éprouve encore un autre désavantage en continuant à écrire. On voit avec indulgence les fautes de la jeunesse , on les attribue à l'inexpérience, on les met sur le compte de la foDgue des passions ; nfiiis, cet heureux âge une fois passé, on n'a plus de grâce h attendre. Chaque action est jugée comme le résultat d'un caractère formé, d'une volonté bien prononcée; et Ânastase, à seize ans, pouvait obtenir le pardon de telle faute pour laquelle Anastase, à vingt-huit, ne doit s'attendre qu'à toute la rigueur d'une justice sans pitié.
Si donc je n'écrivais que pour les autres , je devrais ici quitter la plume; mais j'écris aussi pour moi , et je continue °HMi récit. Les incidents qui n'ont que ma pet^T»\!^ ^we ^\^v.
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peuvent avoir moins d'intérêt pour des étrangers , mais ce sont précisément ceux que mon esprit se rappelle le plus souvent , et dont il se retrace le souvenir avec le plus de plaisir.
« Plus on se hâte, moins on avance , » dit un proverbe, et ce proverbe a raison. En partant de Widdin, j'avais une telle impatience d'arriver à Stamboul , qu'à force de précipitation je me trouvai arrêté au milieu de ma course. Encore faible lors de mon départ , et les anges de Mahomet n'ayant pas eu la complaisance de me couvrir de leurs ailes pour me proléger contre les rayons d'an soleil brûlant , je sentis , dès le second jour de mon voyage , que la chalenr et la fatigue épuisaient mes forces. Je persistai pourtant à le continuer avec la même rapidité, et je tombai malade à Boui^az. Ce que je détestais plus que les' juifs ne détestent le porc et la poudre à canon , les suppôts de la médecine m'assiégèrent alors de toutes parts ; j'étais sans défense , et je fus assailli en même temps par une demi-douzaine de médecins et autant de garde-nialades. Ils s'emparèrent de vive force de mon appartement, et se disputèrent mon corps avec autant d'acharnement que les Grecs et les Troyens a^ient combattu pour celui de Patrocle. Cette circonstance fut un bonheur pour moi; leur nombre fit ma sûi-eté. Les fils d'Esculape et les filles d'Hygie neutralisèrent respectivement leurs forces meurtrières , chacun étant plus empressé à m'empêcher de suivre les avis des autres qu'à faire exécuter ses ordonnances. J'échappai de leurs mains, comme un faible canton se maintient quelquefois entre deux grandes puissances qui l'entourent, et dont chacune ne veut pas souffrir que l'autre s'en empare. Au milieu du premier sommeil tranquille dont j'avais joui depuis ma maladie , je fus réveillé par des CjOup$ qui tombèrent sur moi , quoiqu'ils ne me fussent pas destinés. Mes deux gardes se battaient à qni me volerait ma bourse placée sous mon oreiller. Chacune d'elles chercha à se justifier en accusant l'autre d'avoir voulu m'asisassiner.
Témoin si récemment d'événements importants, il me vint pour la première fois à la pensée, pendant ma convalescence, d'en adoucir quelque peu l'ennui en écrivant mes mémoires. « S'ils sont écrits avec vérité , me disais-je , ils contiendront trop de mal sur l'auteur pour que je doute qu'ils ne se fas-