CHAPITRE TRENTE- DEUXIÈME
sent Kre ; *> et cotte idée d*ôtre lu m*encouragea à cominencor inexécution de celle difficile entreprise. Je ne suis pas inêfue bien certain si quelquefois, malgré tout mon désir de ne jamais me départir de la plus scrupuleuse, véracité, je ne me serai pas, uniquement par égard pour le goût public, représeaié comme bien plus mauvais qu'on ne s'accorde assez généralement à me croire. Si quelqu'un de mes lecteurs était tenté d^sc laisser aller à un soupçon de cette sorte, je m'en ûe à son bon jugement, et je ne me querellerai pas avec lui sur sa meilleure ou plus mauvaise opinion de moi.
Lorsque je fus en état de me remettre en route , je me rendis dans la capitale , et je me logeai au Fauar. Je n'avais plus h n'occuper des intérêts de Mavroyeni : avant mon départ do Bourgaz, j'avais appris sa fin déplorable. Il ne me restait qu'à fournir à mes amis l'occasion de réaliser les offres de services dont ils m'avaient accablé lorsque j'avais quitté Constantinop'e pour la dernière fois. Il serait injuste de dire que tous les avaient oubliées. Un d'entre eux, à qui je rappelai ses promesses , me dit que , bien loin de les -avoir perdues de vue , il avait encore présente à l'esprit la force des expressions dont il s'était servi dans cette circonstance. « Mais à qui parlais-jc ainsi? » ajouta-t-il : « àun homme qui allait joindre Mayroyenr dans toute la plénitude de son pouvoir. Prouvez-moi que vous êtes encore cet homme , et vous verrez comme je sais tenir ma parole. » J'approuvai la franchise de cette réponse ; il y avait une sorte de délicatesse à ne pas chercher de circonlocutions pour m'annoncer par de belles phrases, qu'il renonçait à un» amitié qu'il ne voulait pas mériter par ses actions.
La malpropreté du Fanar se déployait à mes yeux dans tout son lustre. C'était comme le contenu d'un égout , dont l'œil aperçoit les immondices par un soupirail sur lequel frappent les rayons du soleil , et ce spectacle dégoûtant augmenta encore ma vénération pour la sagesse des Turcs : « Peuple sensé , judicieux et profond, » pensai-je, « combien votre jugement doit exciter d'admiration, quand on vous voit simplifier toutes ces formes auxquelles la chrétienté attache tant d'importance ! Pourquoi vous donneriez-vous la peine de rendre propre et salubre le quartier des Grecs , quand ceux qm VVvîKvV^xvV ^'^vsv-
Mont satisfails de Ti?rc entourés d*ordures? Dans voire adminihtration fiscale , vous ne connaissez pas ces employés sans nombre, ces contrôleurs, ces vérificateurs, ces inspecteurs, qui font que , dans chaque empire chrétien , pour dix ii)di¥i(lus chargés directement de la perception des revenus publics, il s'en trouve vingt dont la seule fonction est de les sui-veiller, et qu« la moitié de ce qu'on arrache aux peuples se trouve dissipé en frais pour obtenir l'autre moitié. ï)e même vous bannissez de votre système judiciaire ces formes sous lesquelles disparaît lo fond, ces redoutables suppôts de la justice, ces interrogatoires interminables, ces confrontations, ces instructions éternelles, qui, dans chaque État de l'Europe, emploient la moitié de la population aux affaires de l'autre ; qui, neuf fois sur dix, laissent le coupable impuni , et qui souvent n'infligent au dixième qu'un châliment tardif et disproportionné. Quelquefois, à la vérité, votre manière tranchante d'administrer la justice confond l'innocent avec le coupable ; mais qu'importe ? vous êtes toujours sûrs d'atteindre le grand but de toutes les dispositions pénales, celui d'imprimer à l'esprit une terreur salutaire.
» Mais vous devez avoir place dans mon humble panégyrique, et recueillir votre part dans mes éloges, sagfe et nob'e sultan, saint vicaire du prophète, impérial-tueur- d'hommes, ayant droit à quatorze tètes par jour sans en donner de raison; vous qui, en faisant d'une obéissance absolue à toutes vos volontés la condition expresse sous laquelle toutes les places sont accordées dans votre vaste eihpire , empêchez qu'on n'apporte le moindre délai à l'exercice de vos droits. Ne regardant les officiers de l'État que comme de petits réservoirs où viennent se réunir les produits des rosées et des sueurs de la terre, ou comme de petits ruisseaux , dont les eaux réunies forment un fleuve qui va se verser dans la mer absorbante de votre trésor, vous ne vous donnez la peine ni dé surveiller leur fidélité ni d'arrêter leurs concussions. Vous fermez les yeux sur leurs exactions, vous les favorisez même, vous leur prêtez l'appui de votre autorité; mais bientôt vousi^pressez l'éponge qui s'est gonflée de ces sucs précieux , et vous conciliez à la fois vos propres intérêts et ceux de la justice. En souffrant que votre trésor soit prWo çc\u\îk\\v c\wç\^\v\^ icm^ïs des sommes qui
devraient y entrer, tous ne faites que prêter vos fonds à un intérêt avantageux. Pendant neuf longues années « tandis que vos agents s'occupent gratuitement de vos affaires, vous feignez de sommeiller; mais la dixième vous vous éveillez de cette léthargie trompeuse; comme le lion affamé, vous cherdh'Z autour de vous quelle est la proie la plus grasse ; vous saisissez votre victime , vous la déchirez, et son sang coule jusqu*^ la deroière goutte dans votre insatiable hazné ^ ! »
Mais plus j*admirais ce système comme spectateur indiff*!!'rent, moins je me trouvais disposé t| en montrer Texcellencc par mon exemple. A force de fatigues et de dangers , aux dépens de mon repos et de ma santé, j*avais déjà dévoué une grande partie de cette vie qui s*ccoule si vile à gravir le sentier glissant et escarpé des honneurs, et je n*étais jamais parvenu à une certaine hauteur que pour retomber rapidement au point d'où j*étais parti. Je résolus donc de ne plus sacrifier à cette lâche infructueuse ce qui pouvait me rester de vigueur et de sanié. Au lieu de courir après les avantages peu substantiels du rang et des titres , je me déterminai à chercher les prérogaii?cs plus durables et i)lus solides que donne une bourse bien remplie, et à chasser de mon cœur la soif dépravée d*une renommée éphémère , pour y faire place à l'appétit louable du l'or.
Le chemin des honneurs , iu*écriais-je à moi-môme dans mon enthousiasme de nouvelle date , est un sentier étroit et rude qu'on ne peut pas gravir plusieui*s de front , et où ceux qui sont par derrière ne peuvent passer par devant qu'en précipitant les premiers. C'est un sentier où on ne peut s'avancer que par des sauts difficiles et périlleux, et où, à mesure qu'on luouie un degré de plus , le danger de faire un faux pas et de so briser en morceaux dans la chute augmente au décuple ou au centuple. C'est un sentier où tout apparaît à une distance iroiiipeuse, car ce qui, vu du bas, vous paraissait le pic le phi s <^'icvé à franchir, n'est, en effet, quand on y est |)arvenu, que ia base de pics bien plus élevés encore , sur lesquels croissent des fruits encore plus vides au dedans et plus amers au dehors. Le chemin des richesses , au contraire , est une pente large , accessible à tous sans danger ni fatigue. C'est une route le long