CHAPITRE TRENTE-DKUXliME
plus cssçalielles de ia soliUiié et de la modicité du prh; rnfi^, n'ayaut pour tout domestique qu*uu cnfaot c^ d,ea}\ affamé , ^^ lieu d'une foule de valets plus insolents quQ leur Riaît^^e.
Dans un homme d'un caractère froid , trauquille et réfléchi , un si grand changement ne se serait probsihlcment effectué que par degrés ; ruais mon naturel impétueux donnait toujuufi dans quelque extrême. Quel que fût le gibier que je poursuivisse , l'ardeur qui m'entraînait à la chasse était la même. Mou âme était en feu quand je pensais aux fortunes immenses que Mavrocordato et d'autres persqnnes de ma connaissance «^v^en^ acquises dans le coiumerce ; et , qqoique j'ain[i,asse déjà la richesse pour elle même, je la révérais doubleriient^ h, cause de l'influence qu'elle procurait : car il m'était impos^ihle de renoncer entièrement si toute idée d'^mhttion ; et , quand cette passion trouvait ma porte fermée, elle s'inlrQduisait che? mo| parla fenêtre, et veiiait me fortifier dans mes résolutions. Mon imagination galopait tellement que je me voyais déjà une jambe dans Cachemire et l'autre à Saint-Domingue^ une main éteaduç vers Pétersbourg pour y faire un chargement de chanvre, et i\ç l'autre main recueUlant sur la côte de Guinée de l'or et dei| esclaves ; je couvrais en même temps de mes navires l'Qcéat^ Atlantique et la Méditerranée , le Pont-Ëuxin et la nier du Sud. J'avais du génie, je pouvais y joindre la persévérance; il np me manquait que quelques bagatelles, des capitaux , dq crédit et des correspondants.
La Providence tenait en réserve pour moi un homme prêt à mettre à ma disposition des moyens si nécessaires pour marcher à la fortune. C'était un vieux musulman qui avait acquis des richesses immenses en faisant précisément tout ce qui, d'après les calculs ordinaires, aurait dû le réduire à la mendicité. Intiniemcnl convaincu de la vérité du dogme de la prédestinali;)n, Wélid soutenait : que les précautions n'étaient propres qu'à faire avoricr une entr-eprise; qu'elles annonçaient un défaut de conliance dans les voies de la Providence, et qn'iine prière fervente valait mieux qpe tous les calculs de la prudence htimaipe. Jl t'sl vrai qu'à l'appui de cet^e doctrine, il pouvait citer son. exemple.
Dans le cours de la dernière année scv\\cv[\çv\\ , ç^x V "^^
veux pas remonler plas haut, son insouciance imprudente lui avait valu trois faveurs de la fortune. Les Esclavons, qui foDià Constantinople le métier de jardiniers, y ayant conmiis quelques désordres, la Porte les avait chassés de cette ville, précisément à répoque où le printemps exige que les jardins soient continuellement arrosés. Tous les voisins de Wélid suaient san^ et eau pour entretenir les leurs dans un état d'humidité désirable. ÂVélid, an contraire, vit languir ses orangers, ses citronniers, ses grenadiers avec une apathie parfaite, et se contenta de s'écrier : « Dieu est grand! » Qu'en résulta-t-ii? Le ciel, ordinairement d'airain dans cette saison , ouvrit toutes ses cataracles; les jardins des voisins de Wélid , déjà trop arrosés de peur qu'ils ne le fussent pas assez , furent noyés; et les siens n'ayant que la portion d'eau qui leur était nécessaire, lui rapportèrent double récolte.
La peste se déclara dans le mois le plus chaud de Tannée. Bien loin de prendre les moindres précautions pour se préserver de ce fléau , Wélid semblait aller de préférence dans les lieux où il exerçait le plus de ravages , et répétait seulement : « Dieu est grand I »> Quelles en furent les conséquences? La peste respecta Wélid, et elle fit périr un riche parent dont il était l'héritier, et qui n'avait oublié aucune mesure de prudence pour se garantir de la contagion.
La sécheresse de l'automne suivant rendit plus dangereux encore que de coutume les incendies, si fréquents à Gonslaniinople. Le feu prit à la maison de Wélid : il ne s'occupa point des moyens de l'éteindre. Assis tranquillement dans une cour spacieuse , il disait encore : « Dieu est grand ! » Quel en fut le résultat ? sa maison fut brûlée de fond en comble , mais il trouva dans les ruines un trésor, qui avait été caché autrefois dans une épaisse muraille, et qui aurait suffi pour faire construire deux palais.
Quoi donc de plus naturel pour Wélid que de conclure que, plus il commettrait d'imprudences, plus il réussirait dans toutes ses entreprises ? Il avait d'ailleurs sous les yeux plusieurs exemples d'accidents causés par une conduite plus prudente; car, sans parler de son frère, qui, avec le désir le plus anlen de s'enrichiv, n'avait 'pvni\^ fa\\ wwi \«i\\\sfc ^(E^lce^ dans la