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CHAPITRE TRENTE-DEUXIÈME

seuses que celles qui gagnent leur vie à ce métier, vous pouvez juger quelle fut ma surprise lorsqu'à mon arrivée dans la chrétienté je fus invité h un bal chez un bey do Naples. La danse était ce qui m'occupait le moins : pas une femme ne savait remuer la hanche comme nos danseuses turques; mais leur figure me plaisait en dépit de leurs joues plâtrées. J'approchai d'une danseuse que j'avais distinguée, et je lui glissai une bourse dans la main. Chacun me regardait d'un air de surprise, et je la vis sur le point de m'arracher les yeux : c'était la femme du premier vizir. A mon avis, c'était elle qui était coupable de manquer aux convenances; mais cette aventure me rendit plus circonspect. J'avais secrètement destiné pour mon harem trois autres de ces danseuses; mais malheureusement l'une d'elles était la fille du reis-eiïendi, l'autre la femme du cazi-asker S et la troisième l'ambassadrice d'Espagne. Tout ce que je pus leur offrir se réduisit donc à une prise de tabac.

« Â Rome, j'allai voir le grand-mufti des chrétiens, qui porte le même titre que les prêtres grecs '. Je vis en lui un homme qui semblait avoir reçu une l)onne éducation, tranquille, modeste; mais sa suite ne lui laissait pas un instant de repos. On l'habilla et on le déshabilla une douzaine de fois au milieu de l'église : on lui ôtait et on lui remettait son bonnet ; on s'agenouillait devant lui, on lui donnait à boire et à manger , et on chantait pour le divertir. Quelquefois il était debout devant une table couverte d'une nappe bien blanche, et ornée de coupes d'or et de chandeliers d'argent d'un travail précieux. Une douzaine de personnes, portant des jupons de belle dentelle, des robes écaria!es, et d'autres ajustements richement brodés, le suivaient partout. Je présumai que c'étaient ses femmes, mais on m'apprit que c'était des hommes nommés cardinaux, et qu'il ne lui était pas permis de se marier : cependant il a, comme notre sultan, une troupe de medjbouds ', qui lui servent, non à garder son harem, mais à chanter dans sa chapelle; et leurs cris aigus sont si tristes qu'on appelle cela un mùerere.

« De l'Italie , où je ne voyais que des prêtres et des cava^

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